Des constructions déjà marquées, cinq secteurs de Libreville concernés, une bande de 80 mètres à libérer et des travaux annoncés comme imminents. Autour de la Cité de la Démocratie, l’État prépare une importante opération de déguerpissement pour faire place à une nouvelle infrastructure routière. Mais au moment d’appeler les populations à une consultation publique, l’administration ne dit ni combien de personnes devront partir. S’il est question d’aménager des dessertes pour le trafic routier, rien n’est dit sur ce qu’il adviendra de ceux qui occupent aujourd’hui les lieux.

Dans la zone, le marquage des constructions concernées par les futurs déguerpissements a déjà commencé, sous la conduite des services de l’ANUTTC (photo à titre purement illustratif) © GabonReview

 

Dans un communiqué daté du 21 août, le gouvernorat de l’Estuaire annonce l’imminence de travaux routiers autour de la Cité de la Démocratie et une vaste opération de libération d’emprises. Le document est précis sur les droits fonciers de l’État et les déguerpissements à venir. Beaucoup moins sur le sort des occupants. C’est dans cet écart que se loge toute la sensibilité de l’opération.

Pour aménager des «voies de dessertes destinées au désengorgement et à la fluidification de la circulation routière», l’État s’apprête à libérer une emprise touchant Carrefour Nzeng-Ayong, Ondongo, Diba-Diba, Charbonnages et Lac Bleu. Les services de l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre (ANUTTC) sont déjà à l’œuvre : les constructions sont en cours de marquage.

80 mètres, mais jusqu’où ?

Le chiffre impressionne : l’administration entend identifier les constructions érigées sur «un linéaire de 80 mètres de large à partir du mur externe de l’enceinte de la Cité de la Démocratie».

Mais 80 mètres sur quelle longueur ? Selon quel tracé ? Avec combien de voies ? Le communiqué ne fournit aucune carte. Il parle successivement de «voies de dessertes» et d’«une infrastructure routière», sans permettre de comprendre précisément ce qui doit sortir de terre.

En revanche, lorsqu’il s’agit d’établir ses droits sur le foncier, l’administration devient beaucoup plus précise : titre foncier n°5997, parcelle 21, section VI, 472 hectares attribués à la République gabonaise.

Des déguerpissements sans un chiffre

Le mot, lui, ne souffre aucune ambiguïté. Un «vaste programme de libération» doit démarrer, visant au «déguerpissement de toute construction déjà érigée». Combien de maisons seront détruites ? Combien de familles, de commerces ou d’activités devront quitter les lieux ? Le communiqué n’avance aucun chiffre.

De même, rien n’y est dit sur une éventuelle indemnisation. Cette absence ne permet évidemment pas d’affirmer que les personnes touchées ne seront pas indemnisées. Mais lorsque l’on annonce des déguerpissements et que les bâtiments sont déjà marqués, ne rien dire du sort matériel de leurs occupants laisse béante la question qui les concerne au premier chef.

D’autant que le communiqué ne présente pas ces constructions comme «illégales». Il ne distingue pas davantage les occupants selon leur situation foncière ou administrative. Posséder le titre foncier de l’ensemble ne suffit donc pas, dans l’information donnée au public, à raconter la diversité éventuelle des situations individuelles.

Une consultation, mais pour décider de quoi ?

Le calendrier rend l’ensemble plus déroutant encore. Les marquages sont en cours. Les travaux sont annoncés comme «imminents». Le programme de libération doit démarrer. Et ce n’est que lundi 24 août que les propriétaires ou occupants des bâtisses marquées sont conviés à une consultation publique. Dès lors, que reste-t-il exactement à consulter ? Le tracé ? Les indemnisations ? Les délais de départ ? Les éventuelles contestations ? Ou s’agit-il simplement d’informer les populations d’une décision désormais arrêtée ?

Trois mois après l’inauguration de la nouvelle Cité de la Démocratie et de son Palais des congrès, son environnement paraît promis à une profonde recomposition. Pour l’heure, l’État sait précisément quel terrain lui appartient et semble savoir où passeront ses engins. Ceux qui vivent sur leur chemin savent beaucoup moins précisément ce qui les attend.

 
GR
 

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