Okala, Delta, Ciciba : les habitants interpellent Oligui Nguema sur les déguerpissements
Ils ne s’opposent pas au projet, mais ils refusent d’en être les victimes silencieuses. Réunis en Collectif, les habitants d’Okala, Delta et Ciciba ont interpellé le 5 juin le président Brice Clotaire Oligui Nguema face aux déguerpissements annoncés dans leurs quartiers. Tout en reconnaissant la nécessité de l’élargissement routier, ils dénoncent les conditions de sa mise en œuvre et réclament une approche concertée, respectueuse des procédures et des populations concernées.

Le chef de quartier Gabriel Obiang Otogho accompagné de quelques membres du Collectifs. © GabonReview
Réunis en Collectif, les habitants d’Okala, Delta et Ciciba, ont poussé un cri d’alarme envers le président Oligui Nguéma, le 5 juin, pour exprimer leurs inquiétudes face aux futures déguerpissements liés à l’élargissement de la route. Favorables au projet, ils dénoncent toutefois ses conditions de mise en œuvre et sollicitent une démarche concertée et respectueuse des populations. La prise de parole du Collectif intervient alors que des marquages de démolition ont été tagués sur les habitations, faisant déjà basculer le climat social de ces quartiers dans l’inquiétude.
«Okala est un village, ce n’est pas un quartier»

Instantanés de la déclaration du Collectif à Okala. © GabonReview
Les intervenants ont rappelé la nature même d’Okala, qu’ils refusent de voir réduit à un simple quartier périphérique. «Okala est un village. Ce n’est pas un quartier», a rappelé et insisté le chef de quartier, Gabriel Obiang Otogho. Et de souligner l’ancienneté et la légitimité historique de cet endroit «presque tricentenaire» ou «presque centenaire». «C’est la ville qui est venue me trouver dans mon village», a-t-il ajouté. Pour les habitants, cette reconnaissance conditionne le respect des réalités sociales, culturelles et foncières qui structurent leur présence sur ces terres depuis plusieurs générations.
Outre la dimension identitaire évoquée par le Collectif, la méthode cristallise les tensions. Les populations dénoncent un «non-respect flagrant des procédures administratives et légales», marqué notamment par l’absence totale de concertation entre les autorités et les riverains. «En tant que chef de quartier, je n’étais pas informé. Mon maire d’arrondissement n’était pas informé», a-t-il déploré non sans s’interroger : «comment peut-on ne pas créer la psychose dans la population ?».
Des incohérences techniques et des conséquences pour les populations
L’arrivée d’agents, «avec des militaires armés», pour apposer des croix et la mention «à démolir» sur les maisons, parfois accompagnées de dates précises, a accentué la peur. «On a pris peur. On s’est dit : mais qu’est-ce qui se passe ?», a déclaré un riverain. À cela s’ajoutent des délais jugés irréalistes, notamment pour les propriétaires ayant des locataires. «Il faut un délai pour expulser un locataire», ont-ils rappelé, notant l’absence de garanties en matière d’indemnisation.
Les habitants de ces quartiers ont également pointé des incohérences techniques et des conséquences qui pourraient avoir des impacts sur les populations. L’emprise du projet, initialement annoncée à «3 m de chaque côté», serait passée à «15m». Une évolution perçue comme disproportionnée. «15 m ça va détruire tout le village», ont-ils alerté et regretté. L’extension de l’emprise alimente pour eux le sentiment d’un déplacement forcé.
Appel à un dialogue avec les plus hautes autorités
«On nous chasse», a dénoncé un des habitants de la zone ayant par ailleurs soulevé des questions sensibles, notamment la présence de sépultures familiales au sein des concessions. «Nous avons des tombes ici. Vous allez venir casser, nos parents enterrés», ont-ils fait remarquer. Les populations d’Okala, Delta appellent donc à un dialogue avec les plus hautes autorités, en l’occurrence le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. «Informez-nous», «qu’on trouve un consensus». Ces futurs déguerpis sollicitent en tout cas un arbitrage pouvant garantir à la fois le développement des infrastructures et le respect des droits, de la dignité et l’histoire des communautés.













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