Après avoir porté la voix du Gabon sur les plus grandes scènes du monde, Pierre Claver Akendengué a vécu, samedi 1er août, ce qu’aucune consécration internationale ne pouvait lui offrir : chanter enfin chez lui. Plus de 2 000 personnes ont convergé vers Omboué pour assister à ce retour longtemps attendu, transformant ce premier concert sur sa terre natale en un moment de mémoire, de transmission et de reconnaissance.

Pendant plus de deux heures, Pierre Claver Akendengué a revisité les œuvres majeures de son répertoire, reprises en chœur par un public conquis. © GabonReview

 

Il y avait quelque chose de suspendu dans l’air lorsque les premières notes de Nandipo ont traversé le stade municipal d’Omboué. Pendant quelques secondes, le temps semblait s’être arrêté. Puis les applaudissements ont éclaté. Debout, des milliers de voix saluaient moins l’entrée d’un chanteur que le retour d’un enfant du pays. À 84 ans, après plus de soixante ans de carrière internationale, Pierre Claver Akendengué donnait enfin un concert sur sa terre natale. Une absence devenue si longue qu’elle en paraissait irréelle.

Samedi 1er août, plus de 2 000 personnes ont convergé vers Omboué, dans l’Ogooué-Maritime, à l’invitation de l’association ROMEPA. Placée sous le thème «Retour aux sources originelles», la soirée avait des allures de réparation. Né le 25 avril 1942 à Awuta, à quelques kilomètres de là, l’auteur d’Africa Obota retrouvait le paysage de son enfance, là où se sont enracinés son imaginaire, ses engagements et cette écriture singulière qui, depuis des décennies, fait dialoguer poésie, mémoire et conscience africaine.

L’idée paraissait presque évidente. Pourtant, elle ne s’était jamais concrétisée. Comment celui qui a porté la musique gabonaise sur les scènes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique n’avait-il encore jamais chanté devant les siens ? C’est cette anomalie que Romepa a voulu corriger.

Le concert qu’Omboué attendait depuis des décennies

Toutes les générations avaient rendez-vous à Omboué pour célébrer l’un des plus grands ambassadeurs de la musique gabonaise. © GabonReview

«Le monde entier connaît Pierre Akendengué, mais Pierre Claver Akendengué ne s’était jamais produit ici, chez lui», a rappelé Michel Essonghé, président de l’association. Une ambition qui, au fil des semaines, a dépassé le cercle des organisateurs pour devenir celle de toute une province. Des habitants de Gamba, Port-Gentil, Mayumba et d’autres localités ont effectué le déplacement, rejoints par plusieurs personnalités nationales, parmi lesquelles le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, ainsi que des membres du gouvernement et de nombreux responsables politiques et administratifs.

Le caractère exceptionnel de la soirée s’est confirmé avec la diffusion d’un message vidéo du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Saluant «une œuvre qui appartient désormais au patrimoine national», le chef de l’État a rendu hommage à un artiste dont les chansons ont accompagné plusieurs générations de Gabonais. Les applaudissements qui ont suivi ont prolongé ce moment de reconnaissance collective.

Avant l’entrée de la légende, la scène a été confiée à plusieurs artistes de la nouvelle génération. Prisca Allong et Poussy Makindo ont fait monter la température avec quelques-uns de leurs titres les plus populaires, offrant au public une première partie festive avant le moment le plus attendu de la soirée.

Quand la légende retrouve ses racines

Des classiques devenus intemporels aux retrouvailles avec ses compagnons de route, le concert a fait vibrer plusieurs générations de mélomanes. © D.R.

Lorsque Pierre Claver Akendengué apparaît enfin, le stade bascule dans une émotion difficile à décrire. Les refrains de Nandipo, Olando Ayilé, Africa Obota, Ntsé Ngani, L’Oublié ou encore Ghalo Ghalo ne sont plus seulement des chansons : ils deviennent une mémoire partagée. Les plus anciens les reprennent les yeux fermés ; les plus jeunes découvrent, souvent pour la première fois en concert, celui dont ils connaissent les textes avant même d’avoir connu l’époque qui les a vus naître.

«Nos parents nous ont toujours parlé de lui. Aujourd’hui, nous le voyons enfin ici, chez lui», confie Ylgie Ilka, émue. Son témoignage résume à lui seul ce que cette soirée représente : la transmission d’un héritage qui traverse les générations sans perdre sa force.

Car l’œuvre d’Akendengué n’a jamais été une simple succession de succès populaires. Bien avant l’ère numérique, ses chansons dénonçaient déjà les injustices, interrogeaient le pouvoir, célébraient les cultures africaines et invitaient les peuples du continent à construire un destin commun. Sa musique n’a jamais cessé de conjuguer l’exigence artistique et l’engagement humaniste.

Le concert a également offert plusieurs séquences chargées d’émotion. L’arrivée sur scène d’Hilarion Nguema, ami d’adolescence de l’artiste, puis celle de Claude Damas Ozimo, compagnon de route des premières années, ont ravivé toute une époque de la musique gabonaise. Ensemble, ils ont fait renaître des morceaux devenus mythiques, sous les applaudissements d’un public conscient d’assister à bien plus qu’un simple spectacle.

Lorsque les projecteurs se sont finalement éteints, chacun semblait mesurer que quelque chose venait de s’accomplir. En offrant à Pierre Claver Akendengué le concert qu’il n’avait encore jamais donné sur sa terre natale, Omboué n’a pas seulement célébré un immense musicien. La ville a rendu à l’un de ses fils ce que le temps lui devait depuis longtemps : un retour aux sources, transformé, le temps d’une soirée, en hommage national.

 

 

 
GR
 

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