Le 20 janvier 2025, Donald Trump signait le décret de retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la Santé. À Washington, c’était un acte politique parmi d’autres. À Libreville, c’était le début d’une cascade de conséquences concrètes et silencieuses : des postes supprimés, des équipes de terrain dissoutes, des budgets réorientés en urgence. Le rapport annuel 2025 de l’OMS-Gabon le dit sans détour. Ce que Trump a décidé dans le Bureau ovale, des patients gabonais l’ont payé dans des formations sanitaires de Libreville et de l’intérieur du pays.

Trump a signé un décret à Washington. À Libreville, des équipes de terrain de l’OMS ont été dissoutes, des postes supprimés, des budgets amputés. © GabonReview

 

Dix-huit pour cent (18%). C’est la part du budget mondial de l’OMS que représentaient les États-Unis. Premier contributeur historique, devant tous les autres États membres. En 2025, non seulement ce financement a été coupé, mais les contributions prévues au titre des exercices 2024 et 2025 n’ont pas été versées. Un double choc : perte des financements futurs et non-remboursement des engagements passés. Pour le bureau pays du Gabon, à Libreville, l’effet a été immédiat.

Des équipes dissoutes, des postes supprimés

Le rapport documente sans ambages les conséquences opérationnelles. Des postes de personnel international supprimés. Des volontaires des Nations Unies remerciés. Des consultants nationaux écartés. Le bureau a redistribué les tâches entre les équipes restantes pour couvrir les fonctions vacantes, une prouesse managériale qui ne dit pas son nom.

La victime la plus concrète : les STOP Teams, ces équipes spécialisées dans la surveillance épidémiologique de terrain, dont les contrats financés par le CDC d’Atlanta ont été purement interrompus. Elles ont été remplacées en urgence par 90 points focaux nationaux, moins dotés, payés mensuellement, monitorés à distance. Le rapport les qualifie de solution «efficace et économique». C’est aussi, il faut le dire clairement, un palliatif, pas un équivalent.

100 % des conséquences locales pour 18 % du budget mondial

Le bureau OMS Gabon a géré un budget biennal 2024-2025 de près de 9,7 millions de dollars (près de 5,8 milliards de francs CFA) avec un taux d’exécution de 98 %. Remarquable. Mais ce budget a été constitué dans un contexte de ressources réduites, avec des arbitrages douloureux.

La «priorisation accrue des interventions», pour reprendre les termes du rapport, est une formule technocratique pour dire une réalité plus crue : certaines actions n’ont pas été menées, certaines formations sanitaires n’ont pas reçu l’appui prévu. Pas de catastrophe visible. Une dégradation silencieuse, une érosion progressive, un affaiblissement discret du filet de sécurité sanitaire.

La leçon que le Gabon doit tirer pour lui-même

Il serait commode de pointer Washington et de passer à autre chose. Mais si le retrait d’un seul pays donateur suffit à déstabiliser le bureau OMS de Libreville, c’est aussi parce que le financement domestique de la santé reste insuffisant. Le Gabon a engagé 150 000 dollars, soit 90 millions de francs CFA, au cycle d’investissement de l’OMS lors de la 78ème Assemblée mondiale de la Santé. Signal positif. Goutte d’eau au regard des besoins réels.

La souveraineté sanitaire se mesure à la capacité d’un pays à financer lui-même les fonctions essentielles de son système de santé, sans dépendre de la volonté politique d’un président étranger. Ce que Trump a révélé en signant son décret, c’est que le Gabon n’a pas encore atteint ce niveau d’autonomie. C’est la leçon la plus utile, et la plus inconfortable, de toute cette affaire.

 
GR
 

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