«On nous a laissés mourir» : les survivants de l’Esther Miracle livrent leurs récits bouleversants
Le très attendu procès du drame de l’Esther Miracle s’est ouvert ce mardi 7 avril au Tribunal de première instance de Libreville. La première audience, consacrée à l’audition des parties civiles, a donné la parole aux rescapés pour retracer la nuit tragique du naufrage. Ces témoignages visent à éclairer la justice sur les mesures, ou plutôt leur absence, mises en œuvre pour sauver les passagers.

Le procès de l’Esther Miracle qui s’est ouvert au Tribunal de Libreville s’annonce comme une épreuve de vérité pour l’administration maritime et l’État gabonais tout entier. © GabonReview
Dans la nuit du 8 au 9 mars 2023, le ferry reliant Libreville à Port-Gentil, Esther Miracle, avait à son bord plus de deux cents voyageurs et des cargaisons diverses avant de sombrer à la suite d’une avarie mécanique. À la barre, ce mardi 7 avril, à l’occasion de l’ouverture du procès, les survivants ont livré un récit saisissant révélant «un dysfonctionnement criant des dispositifs sécuritaires du bateau et de l’État», nourrissant la présomption d’omission de porter secours. «Tout est allé très vite. Seuls un gendarme et le commandant adjoint du bateau ont demandé de porter les gilets de sauvetage», a raconté l’un d’eux, encore marqué par cette nuit d’horreur.
Les rescapés ont évoqué la disparition subite des membres d’équipage après l’explosion d’un moteur, alors que le navire perdait de la vitesse et s’inclinait dangereusement. Certains affirment que l’équipage aurait fui à bord d’un canot, laissant les passagers livrés à eux-mêmes. Une témoin a ajouté qu’«un commandant de la Garde républicaine, un Blanc, est venu nous dire qu’ils nous observent dans cette détresse depuis longtemps, mais qu’ils n’ont pas reçu l’autorisation de nous porter assistance». Un aveu glaçant qui relance la question des ordres manquants et des responsabilités opérationnelles cette nuit-là.
Une épreuve de vérité pour l’administration maritime et l’État gabonais tout entier
Cette inaction rappelle tragiquement l’accident de l’avion de Gabon Express, survenu onze ans plus tôt, où l’absence d’instructions présidentielles avait déjà entravé les secours. La répétition de tels drames interroge, en effet. «Comment un État peut-il laisser ses citoyens mourir sous les yeux de ses forces ?», s’interroge-t-on. Entre l’alerte donnée à 3 heures du matin et l’arrivée des secours à 9 heures, rien n’aurait été fait. Ce qui souligne une défaillance grave du dispositif de réponse d’urgence.
Les chiffres officiels font état de 30 morts et 16 disparus. Les prévenus encourent des poursuites pour homicide involontaire, blessures involontaires, omission de porter secours, faux et usage de faux. Le procès, initialement retardé par une demande de récusation du juge déposée par Me Anges Kevin Nzigou, s’annonce comme une épreuve de vérité pour l’administration maritime et l’État gabonais tout entier.













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