On lui a confisqué ses lunettes, censuré ses lectures, supprimé la lumière du jour. Mais on a quand même pris soin de lui faire parvenir le journal annonçant l’inauguration du palais des congrès Omar Bongo Ondimba. La vie carcérale d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, telle que la raconte Jeune Afrique, est un condensé saisissant de ce qu’une détention préventive peut avoir de méthodiquement contraignant pour un homme politique gabonais.

Alain-Claude Bilie-By-Nze attend son procès. Jeune Afrique a recueilli des témoignages sur ses conditions de détention. © Facebook/Jeff Clio Moulengui

 

Sur son site Internet ce 10 juin 2026, Jeune Afrique publie une enquête signée Jeanne Le Bihan, spécialiste du Gabon au sein de la rédaction, au sujet des conditions d’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze à la prison centrale de Libreville. Un récit de l’intérieur, nourri de témoignages de proches et d’avocats, qui lève le voile sur le quotidien de l’ancien Premier ministre, détenu depuis le 15 avril dans cette affaire d’escroquerie présumée vieille de dix-huit ans. Les faits sont connus, ressassés. Ce que l’on savait moins, c’est ce que vit concrètement le détenu entre ces murs.

Noir, silence et lunettes confisquées

Dès son arrivée, Bilie-By-Nze est placé dans l’une des deux annexes de la prison centrale, l’aile la plus redoutée, celle qui a successivement accueilli Brice Laccruche Alihanga et ses proches, puis Noureddin Bongo-Valentin et sa «Young Team». Sa cellule : individuelle, sans fenêtre. «Il était enfermé dans le noir total», témoigne l’un de ses proches auprès de Jeune Afrique. Mais le détail le plus frappant est ailleurs : à son arrivée, ses lunettes lui ont été confisquées par la direction de la prison. Le magazine évoque une «jurisprudence Noureddin», allusion directe au fait que le fils de l’ancien président Ali Bongo avait réussi, lors de sa propre détention, à se procurer une monture dotée d’une caméra cachée, avec laquelle il avait filmé et diffusé des images depuis sa cellule.

Une amélioration en demi-teinte

Début juin, la situation évolue. Bilie-By-Nze récupère ses lunettes, est transféré dans une cellule avec fenêtre et obtient l’accès à des livres, des romans uniquement. La presse et les essais politiques lui restent formellement interdits. Un proche ne peut s’empêcher d’ironiser : «On lui a tout de même envoyé le journal présentant l’inauguration du palais des congrès Omar Bongo Ondimba, le 3 mai

Quant à l’isolement, il demeure : au 9 juin, selon plusieurs visiteurs, aucun contact avec les autres détenus n’était encore autorisé. Jeune Afrique signale néanmoins qu’il partagerait désormais le même quartier pénitentiaire que Pascal Ogowe Siffon, l’ex-ministre du Tourisme en détention préventive depuis Noël dernier, lui-même accusé de détournements de plus de 10 milliards de francs CFA de fonds publics.

Une procédure qui coince, une défense qui ne lâche pas

Sur le plan judiciaire, la défense a essuyé un revers le 2 juin : sa demande de nullité de procédure, transmise à la chambre d’accusation, a été rejetée. Ses avocats ne décolèrent pas. «La décision a été rendue illégalement, hors des délais. La nullité aurait dû être constatée et entraîner sa libération», a déclaré l’un d’eux au magazine panafricain. La défense maintient par ailleurs que les faits reprochés relèvent du droit civil et non pénal, et que la prescription est acquise depuis longtemps. Le parti de Bilie-By-Nze, Ensemble pour le Gabon (EPG), abonde dans le même sens et dénonce une instrumentalisation judiciaire visant à neutraliser l’opposition.

Du côté du parquet, le procureur Dick Fabrice Boungou Mickolo avait affirmé, début mai, que «l’autorité judiciaire a agi en toute indépendance et avec la même rigueur, sans considération pour la qualité de la personne». Une posture institutionnelle ferme, mais qui ne suffit pas à dissiper les doutes sur la nature réelle de cette procédure. Quant au président Oligui Nguema, interpellé sur le sujet par France 24 le 2 juin, il a balayé l’affaire d’une formule aussi courte que définitive : une «affaire privée» qui ne le «concerne pas». La balle est désormais dans le camp de la justice, celle qui, selon le procureur lui-même, agit «en toute indépendance». Il lui appartient d’en apporter la preuve.

 
GR
 

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