Plein Ciel-Kinguélé : une nouvelle voie au prix de plusieurs démolitions
À Libreville, au quartier Plein Ciel, les bulldozers sont à l’œuvre depuis le 21 août pour libérer l’emprise d’une voie secondaire devant relier la zone des Belles-Peintures à Kinguélé. Sur le terrain ce mercredi 26 août, les démolitions se poursuivent, tandis que plusieurs familles évoquent des difficultés de relogement et, pour certaines, des indemnisations encore attendues.

Un engin sur place au niveau de belles peintures sur le site, le 26 août 2026 à Libreville. © GabonReview
Depuis vendredi 21 août, bulldozers et autres engins de chantier se succèdent dans cette zone. Plusieurs habitations situées sur le tracé de la future voie ont été démolies, tandis que les équipes s’attellent encore à l’évacuation des gravats. L’objectif affiché est de permettre l’aménagement d’une route secondaire appelée à faciliter la circulation entre Belles-Peintures et Kinguélé.
Selon un responsable de Consortium international des travaux publics (CITP), présent sur le chantier, cette voie constitue le prolongement d’un axe déjà aménagé derrière le petit marché de Kinguélé, dans la zone de Mithsogo. «Elle devrait permettre aux usagers de rejoindre plus directement la Voie express, sans avoir à effectuer le détour par Rio ou le PK5, deux secteurs régulièrement confrontés aux embouteillages».
Des familles indemnisées, mais des compensations jugées insuffisantes
Si l’opération est présentée comme nécessaire à l’amélioration de la circulation dans la capitale, elle n’est pas sans conséquences pour les riverains concernés par les démolitions. À Plein Ciel, six familles affirment avoir été indemnisées au moment du passage de notre équipe, mais estiment que les montants perçus ne suffisent pas à couvrir leurs besoins de relogement.
Parmi les ménages concernés, celui de Prisca Esthelle Babongui, qui dit avoir perdu une maison de trois chambres, salon, cuisine, terrasse, douche et toilettes. «J’ai reçu 4,5 millions de francs CFA. J’ai donné une partie aux agents de la SNI parce qu’ils étaient avec nous à la mairie», explique-t-elle. Sur cette somme, 2,75 millions de francs CFA auraient notamment servi à l’acquisition d’un terrain de 500 m², laissant 1,75 million pour couvrir les frais liés à son déplacement et à son relogement.
Une enveloppe que la mère de famille juge aujourd’hui insuffisante au regard de sa situation. «Actuellement, nous sommes dans un petit studio. Là où les enfants étaient», témoigne-t-elle. Avec ses onze enfants, elle se retrouve ainsi dans un espace nettement plus réduit que son ancien logement, en attendant une solution de relogement plus adaptée.
L’inquiétude avant la rentrée scolaire

Quelques images des démolitions. © GabonReview
À quelques jours de la rentrée scolaire, l’inquiétude est également palpable. Les familles déplacées doivent désormais composer avec des conditions de logement plus difficiles, alors que les dépenses liées à la scolarité des enfants se profilent.
À cela s’ajoutent des préoccupations liées à la sécurité. Certaines habitations ayant été démolies, les familles disent ne plus bénéficier des mêmes conditions de protection qu’auparavant. «On s’est retrouvés six familles qui n’étaient pas encore dédommagées. Mais les autres ont été dédommagées depuis 2011», rapporte une riveraine, faisant état d’une longue attente pour certains ménages concernés par le tracé.
Sur place, l’absence d’eau et les difficultés de surveillance des lieux compliquent davantage le quotidien. Certaines familles disent même être contraintes de rester éveillées une partie de la nuit pour surveiller leurs biens.
Une opération qui dépasse Plein Ciel
Le chantier observé à Plein Ciel s’inscrit dans une dynamique plus large engagée dans plusieurs secteurs de Libreville. Dans différents arrondissements, des engins sont mobilisés pour libérer des emprises occupées depuis plusieurs années par des constructions, parfois implantées sur les tracés prévus pour des voies secondaires.
Pour les autorités, ces opérations doivent permettre de remettre en circulation des axes longtemps obstrués, d’améliorer la fluidité du trafic et de renforcer la sécurité des usagers.
Mais sur le terrain, la question du traitement des familles affectées demeure centrale. Entre la nécessité de récupérer les emprises publiques et celle d’assurer un accompagnement effectif des ménages déplacés, l’équation reste délicate.
À Plein Ciel, les bulldozers ont donc ouvert la voie à un nouveau chantier. Reste désormais à savoir dans quelles conditions les familles concernées pourront être durablement relogées et indemnisées, tandis que les travaux d’aménagement de cette nouvelle liaison vers Kinguélé se poursuivent.
Thécia Nyomba
















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