Politique énergétique : Mayounou met les pieds dans le plat et défend l’héritage du Schéma Directeur
Ancien ministre de l’Énergie et désormais député de Moanda, Oswald Séverin Mayounou a jeté un pavé dans la mare de la post-transition gabonaise. Dans une déclaration fracassante publiée lundi sur les réseaux sociaux, l’élu du Haut-Ogooué s’insurge contre l’idée de réinventer la roue en matière de politique énergétique, alors qu’existe depuis 2022 un Schéma Directeur complet, élaboré avec la Banque mondiale et doté d’un arsenal législatif en bonne et due forme.

Oswald Séverin Mayounou défend un cap : actualiser le Schéma Directeur plutôt que tout recommencer. © GabonReview
«Dire qu’au Gabon et depuis 1960 il n’existe pas une politique énergétique et hydrique n’est pas vrai», assène Mayounou avec une fermeté qui ne souffre guère la contradiction. L’ancien locataire du ministère de l’Énergie, qui a passé le flambeau à Jeannot Kalima en octobre 2023, rappelle avec une minutie d’archiviste l’existence d’un instrument stratégique trop souvent relégué aux oubliettes des changements de régime : le fameux Schéma Directeur de l’électricité et de l’eau, réceptionné par le gouvernement en 2022 et disponible à la Direction Générale de l’Energie.

Quand Oswald Séverin Mayounou oppose la logique de l’héritage à celle de la page blanche. © Gabon Next News
Loin d’être une coquille vide ou un énième rapport destiné à prendre la poussière dans les tiroirs administratifs, le document dont il est question constitue une feuille de route ambitieuse sur trente ans. Élaboré avec le concours du bureau d’études AECOM, il articule plans d’urgence à très court terme et planifications à long terme, identifiant les projets structurants capables de métamorphoser le paysage énergétique gabonais. Au cœur de cette stratégie : le pari hydroélectrique, avec la reprise des chantiers de Fé2, des chutes de l’Impératrice Eugénie et de Dibwangui, trois joyaux dormants du potentiel hydraulique national estimé à quelque 9 000 MW largement inexploités.
Mais Mayounou ne se contente pas d’invoquer un document fantôme. Il rappelle l’arsenal législatif qui l’accompagne : deux lois adoptées et promulguées en 2023 (loi n°011/2023 du 19 juillet pour l’eau, loi n°012/2023 du 18 août pour l’électricité) qui organisent juridiquement ces secteurs vitaux. Un cadre normatif robuste, donc, qui transforme les velléités en obligations réglementaires et structure l’intervention publique comme privée dans ces domaines cruciaux.
Des milliards déjà mobilisés, des projets sur les rails
Plus probant encore, les financements ne relèvent pas de la simple promesse : normalement, ils sont déjà sur les rails, solidement arrimés à des partenariats public-privé et des engagements de bailleurs internationaux. Quelque 430 milliards de francs CFA mobilisés pour Fé2 et l’Impératrice Eugénie via la Compagnie de développement des énergies renouvelables (Coder) et China Gezhouba, 160 millions d’euros engagés par la Banque africaine de développement et l’Africa Finance Corporation pour Ngoulmendjim et Dibwangui : le Schéma Directeur n’est décidément pas un vœu pieux, c’est un chantier en cours de financement, avec conventions signées et lettres d’intention paraphées.
D’où la charge vigoureuse de l’ancien ministre : «Une nouvelle politique énergétique ne serait qu’une dépense inutile et inopportune dans un contexte économique difficile.» La formule, cinglante, pose une question dérangeante aux nouveaux décideurs : pourquoi dilapider un temps et des ressources précieuses à réinventer ce qui existe déjà ? Mayounou plaide non pour l’immobilisme, mais pour le pragmatisme : actualiser le schéma, mobiliser les investisseurs, exécuter les plans. Bref, passer de la planification à l’action, sans céder à la tentation du «syndrome de la page blanche» qui guette tout nouveau pouvoir.
La sortie du député de Moanda, loin d’être anodine, révèle les tensions sous-jacentes de la post-transition gabonaise : entre volonté de rupture et nécessité de continuité, entre pulsion refondatrice et impératif d’efficacité. Le Schéma Directeur survivra-t-il aux tourments politiques ? Ou finira-t-il, comme tant d’autres, sacrifié sur l’autel du «tout recommencer» ? La réponse dira beaucoup de la maturité institutionnelle du Gabon de demain.













1 Commentaire
Peut-on citer un seul projet financé par les partenaires au sous-développement (BM, FMI…) qui ait effectivement abouti…?
HCO prenant fraîchement ses fonctions au ministère des finances a bien eu raison de faire observer au journaliste d’une chaîne publique française qui l’interrogeait de ce qu’il a trouvé entre autres 17 projets sur sa table de travail, pilotés par ses pseudo partenaires. À l’examen critique, aucun ne semble avoir décollé…malgré l’endettement causé au Gabon .
L’évocation de l’existence d’un schéma directeur financé par le même réseau de sangsues pour la filière eau et énergie m’amuse en ce que courant mai 2018, Adeshina alors président de la BAD nous informait a Busan en Corée du Sud en marge de l’AG, d’un financement par son institution d’un schéma directeur pour résoudre le problème de ces fournitures vitales sur le Grand Libreville, et ce en présence du ministre de l’eau et de l’énergie du Gabon de l’époque, de l’actuel vice président de la BDEAC, alors directeur de la composante infrastructures de cet acteur du développement de la sous-région et de M. ONA ONDO, fraîchement installé à la CEEAC à Yaoundé
Prenant la parole avec la permission du ministre j’ai partagé au président de la BAD de ce que le schéma directeur financé par ses soins avec VEOLIA comme interlocuteur quelques mois avant la réquisition ne pouvait prospérer
J’ai poursuivi que cet opérateur autoproclamé leader mondial en matière de préservation de l’environnement a pollué tous les sites occupés par ses installations sur le territoire gabonais, au demeurant incapable de fournir de l’eau au premier établissement sanitaire du pays, l’hôpital général, logé à moins d’un mètre du siège de VEOLIA à Libreville, toute chose justifiant entre autres son éviction de la filière où il s’est incrusté tout justement en 1997 avec l’appui de la BM qui a engagé le Gabon à libéraliser la filière particulière juteuse de l’eau et de l’électricité.
J’ai conclu qu’un autre schéma directeur associant structuré de bout en bout par les techniciens gabonais se devrait d’être engagé. M. Adeshina a promis nous retrouver à Libreville dans le cadre d’une visite au chef de l’Etat de l’époque, courant juillet 2018, malheureusement ce dernier aurait été surpris par une « fatigue sévère » à cette plage de date en séjour séjour dans le golfe persique
Tout ceci pour dire comme HCO qu’il y’a aucune raison de manifester quelque complexe qu’il soit à l’égard des partenaires au sous-développement qui sévissent et prospèrent plutôt en prédateurs de nos maigres ressources. Tout changement de paradigmes vers une autonomie suscite leurs foudres à travers l’instrumentalisation des officines de notations à leurs services pour effrayer l’opinion des pays-appâts avec des notes médiocres comme ce fut le cas pour notre pays. On sait que ces mêmes officines ont attribué de meilleures notes aux instituons de wall-street avant de subir l’effondrement de la bourse de New-york et mettre en lumière leur expertise de petite facture…
Mon frère @GAYO je vous passe la main
Bien patriotiquement