7,5 milliards de tonnes de fer, 1 500 kilomètres de rail électrique, un port en eau profonde de 14 à 16 mètres de tirant d’eau, trois barrages hydroélectriques, jusqu’à 160 000 emplois à l’horizon, des partenaires sur cinq continents, et une échéance ferme : 2030. Ce 8 juin 2026, sur un littoral atlantique encore vierge de tout quai, le président Oligui Nguema a planté le premier jalon d’un projet qui pourrait redessiner la carte économique du Gabon et de toute l’Afrique centrale. Tout ce qu’il faut savoir sur le projet de port en eau profonde de Kobé-Kobé.

Entouré des délégations venues de pays des cinq continents, le président Oligui Nguema sur le site du futur port en eau profonde de Kobé-Kobé, le 8 juin 2026. © Communication présidentielle Gabon

 

Ce n’est pas l’inauguration d’un quai. C’est le coup d’envoi d’une ambition nationale de génération. Ce 8 juin 2026, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé officiellement les travaux du port en eau profonde de Kobé-Kobé, en présence de représentants venus de pays des cinq continents : France, Chine, États-Unis, Inde, Italie, Australie, Royaume-Uni. Une assemblée à elle seule éloquente.

Kobé-Kobé, 8 juin 2026. Des poignées de main à la pose de la première pierre : une journée historique sur le futur site du port en eau profonde, marquée par la présence de la reine traditionnelle de la localité pour la pose de la première pierre, et d’un représentant du clergé chrétien. © Communication présidentielle Gabon

Une chaîne complète, de la mine au navire

Réduire Kobé-Kobé à une infrastructure portuaire serait une erreur de lecture. Le projet forme une chaîne intégrée et cohérente articulée autour de quatre maillons indissociables.

La mine, d’abord. Belinga, dans l’Ogooué-Ivindo, c’est 7,5 milliards de tonnes de fer à une teneur de 65 %, l’un des plus grands gisements non développés au monde. L’exploitation en est confiée à l’australien Fortescue, associé au Royaume-Uni, et les premières expéditions sont déjà en cours.

Le rail, ensuite : une ligne ferroviaire électrique de 1 500 kilomètres reliant Belinga au littoral, attribuée à la Chine, avec wagons et locomotives projetés pour être fournis par les États-Unis. L’objectif affiché est de 250 millions de tonnes de fret annuel à terme.

Le port lui-même, troisième maillon, sera réalisé par Africa Global Logistics (AGL), dans le cadre d’une convention signée avec l’État en avril 2026. Le choix de cet opérateur n’est pas anodin. AGL, ancien Bolloré Africa Logistics, intégré en 2023 au groupe MSC, est déjà implanté au Gabon via le terminal d’Owendo. Kobé-Kobé sera son premier port minéralier en vrac. Une première que le président a assumé sans détour : «J’ai entendu qu’ils n’ont jamais réalisé un port minéralier. Mais c’est un défi. Je ne me fais pas des doutes. Vous allez le réussir

Eaux profondes, barrages et valeur ajoutée

Kobé-Kobé est retenu pour sa configuration naturelle qu’Owendo ne possède pas : un tirant d’eau visé de 14 à 16 mètres, autorisant l’accueil des navires de grand tonnage que les ports concurrents de la sous-région, notamment Douala et ses 7 à 8 mètres, ne peuvent recevoir.

Enfin, l’énergie : trois barrages hydroélectriques dans la zone de Booué compléteront le dispositif, confiés respectivement à l’italien Todini Costruzioni Generali S.p.A, à EDF, et à un troisième opérateur en cours de sélection.

Et plus tard, la transformation sur place du minerai, devant être assurée conjointement par la Chine et le Japon, constitue la pièce maîtresse du modèle économique : sortir de l’exportation de matière brute et fixer la valeur au Gabon. La mise en service est attendue à l’horizon 2030, avec jusqu’à 160 000 emplois directs et indirects à la clef.

La doctrine Oligui : inclusivité et ultimatum

Sur le site, le président a posé la philosophie du projet en des termes sans ambiguïté. Kobé-Kobé est délibérément multipolaire : «Je n’exclus aucun continent», a-t-il affirmé, avant de préciser que chaque puissance industrielle présente repart avec une part identifiée du chantier, pendant qu’un opérateur neutre sera chargé de commercialiser le gisement et de reverser à chacun sa quote-part.

La stabilité du pays, a-t-il rappelé aux délégations, n’est pas un décor : «Soyons ensemble et toujours dans la paix. Que chacun trouve ici sa prospérité économique, son développement, pour le bien-être des populations gabonaises.» Mais l’inclusivité n’exclut pas l’exigence. Le chef de l’État a de ce fait fixé un calendrier ferme, assorti d’une mise en garde explicite : «En 2030 je veux la livraison du projet. Je ne veux pas que les choses traînent. Si ça traîne, je serai obligé de chercher encore d’autres opérateurs.» Et de conclure sur une formule venue du fond du continent : «Quand on veut aller plus loin, il faut partir ensemble

Kobé-Kobé est un chantier ouvert. Le Gabon, lui, a choisi son camp : celui de la souveraineté par l’industrialisation.

 
GR
 

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