Port-Gentil : la mairie dévoile les failles de son administration et lance sa mue structurelle
La municipalité de Port-Gentil engage un vaste chantier de modernisation administrative et financière. À travers un audit interne présenté le 13 mai, le maire Pascal Houangni Ambouroue a mis en évidence les nombreuses fragilités structurelles qui freinent le fonctionnement de la commune, tout en dévoilant les premières mesures destinées à restaurer la gouvernance, maîtriser les dépenses et améliorer durablement le service public.

Le maire de la commune de Port-Gentil Pascal Houangni Ambouroue présentant les résultats de l’audit interne. © GabonReview
À Port-Gentil, la municipalité veut rompre avec les pratiques du passé et engager une transformation en profondeur de son administration. Le mercredi 13 mai, au cours d’une conférence de restitution consacrée aux ressources humaines et aux finances, le maire de Port-Gentil, Pascal Houangni Ambouroue, a présenté les résultats d’un audit interne ayant mis en évidence de nombreuses fragilités organisationnelles, administratives et budgétaires au sein de la commune.
Réalisé dès l’installation du nouvel exécutif municipal, dans la continuité des orientations impulsées par Brice Clotaire Oligui Nguema, cet audit se voulait avant tout un exercice de vérité destiné à établir un diagnostic précis du fonctionnement de la mairie. «Lorsque nous sommes arrivés à la tête de la commune, nous avons été confrontés à une situation administrative, organisationnelle et financière exceptionnellement complexe», a reconnu le maire, évoquant des marges de manœuvre particulièrement limitées.
Le rapport met en évidence une administration encore peu structurée, marquée par des procédures insuffisamment formalisées, des mécanismes de contrôle interne fragiles et une faible traçabilité documentaire. La gestion demeure largement manuelle, avec une digitalisation quasi inexistante, tandis que les archives apparaissent désorganisées et les données dispersées. Cette situation oblige régulièrement les services municipaux à reconstituer manuellement des dossiers administratifs, rallongeant considérablement les délais de traitement.
Sur le volet des ressources humaines, l’audit révèle également de sérieuses insuffisances. Plus de la moitié des dossiers administratifs des agents seraient incomplets, compliquant le suivi des effectifs et la gestion des carrières. La coexistence de plusieurs catégories de personnels — agents publics municipaux, contractuels et main-d’œuvre non permanente — alourdit davantage le pilotage administratif et financier.
Le poids de la masse salariale absorbe une part importante du budget

Une vue de la salle et des participants. © GabonReview
Autre constat important : le poids de la masse salariale, qui absorbe une part importante du budget communal et réduit considérablement les capacités d’investissement de la mairie. «Ce niveau de charges rigidifie notre budget et réduit nos capacités à financer des projets structurants pour la population», a expliqué l’édile.
Les conclusions financières dressent elles aussi un tableau préoccupant. L’audit pointe une hausse continue des charges fixes, des faiblesses dans la sécurisation des recettes communales ainsi que des vulnérabilités dans les procédures de passation des marchés publics. La Direction des services économiques et financiers apparaît principalement mobilisée sur le recouvrement, avec plus de 60 % des effectifs affectés à cette seule mission.
La municipalité dépend par ailleurs fortement de prestataires extérieurs pour certains services techniques, malgré l’existence de compétences internes, faute d’équipements adaptés et de qualification opérationnelle suffisante. «Nous avons une ressource humaine en quantité, mais pas toujours en qualité opérationnelle», a admis Pascal Houangni Ambouroue.
Face à l’ampleur des difficultés, la mairie a opté pour un audit interne plutôt qu’externe. Une décision motivée par des contraintes budgétaires, mais également par la volonté d’impliquer directement les agents municipaux dans le processus de réforme. Selon les estimations présentées, un audit externe comparable aurait nécessité un financement compris entre 150 et 800 millions de FCFA. «Nous avons privilégié une approche plus soutenable, mais surtout plus utile, en impliquant directement nos équipes dans ce travail de diagnostic et de transformation», a souligné le maire.
Cette méthode d’«audit-action» a déjà permis le lancement de premières mesures correctives : renforcement du contrôle des dépenses, amélioration du suivi des recettes, clarification des responsabilités administratives, consolidation des données financières et renforcement des mécanismes de contrôle interne.
Vers une modernisation plus large du fonctionnement de la mairie
La municipalité prépare désormais une modernisation plus large de son fonctionnement, avec plusieurs réformes annoncées : digitalisation progressive des procédures administratives, mise en place d’outils de pilotage budgétaire, maîtrise de la masse salariale et amélioration de la transparence dans la gestion publique.
Pour le maire, cet audit constitue avant tout le point de départ d’une transformation durable de l’administration communale. «Cet audit n’est pas une fin en soi. Il marque le début d’un processus de transformation profonde de notre administration», a-t-il affirmé.
Dans un contexte où les collectivités locales sont appelées à jouer un rôle croissant dans le développement territorial, la mairie de Port-Gentil entend désormais restaurer sa crédibilité financière, renforcer sa gouvernance et améliorer la qualité des services rendus aux populations. Un vaste chantier dont la réussite dépendra de la capacité des autorités municipales à traduire ces engagements en résultats concrets et durables.













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