Porté par d’importantes réserves encore inexploitées et une position géographique stratégique sur l’Atlantique, le Gabon pourrait devenir, dans les prochaines années, un acteur majeur du marché mondial de la potasse. Selon Farhad Abasov, président et cofondateur de la société Millennial Potash, le pays disposerait d’un potentiel dépassant les 10 milliards de tonnes, dans un contexte de forte demande mondiale en engrais agricoles.

Le Gabon bénéficie d’une position géographique stratégique face à la demande mondiale en potasse. © GabonReview / Illustration IA

 

Longtemps absent des grandes cartes mondiales des matières premières stratégiques, le Gabon pourrait bientôt s’imposer parmi les futurs fournisseurs clés de potasse, un minerai indispensable à la production d’engrais agricoles. Dans une analyse publiée lundi par Forbes Africa, plusieurs experts estiment que le pays possède des réserves suffisamment importantes pour bouleverser l’équilibre mondial du secteur, actuellement dominé par le Canada, la Russie et le Bélarus.

Selon les projections relayées par le média économique, les réserves gabonaises dépasseraient probablement les 10 milliards de tonnes dans l’un des bassins potassiques «les plus prometteurs au monde». Une perspective qui intervient alors que le marché mondial de la potasse, évalué à près de 62 milliards de dollars en 2024, devrait franchir les 93 milliards de dollars d’ici 2032, sous l’effet de la croissance des besoins agricoles mondiaux.

Un potentiel minier encore largement inexploité

Au cœur de cette ambition figure le projet de Banio, développé par la société Millennial Potash dans le sud-ouest du Gabon. Son président et cofondateur, Farhad Abasov, affirme qu’une étude de faisabilité menée sur seulement 5 % d’une zone de 1 500 km² a déjà permis d’identifier plus de 6 milliards de tonnes de ressources potassiques.

Pour les promoteurs du projet, le potentiel gabonais dépasse largement le cadre national. «Le Gabon ne se contentera pas de dominer l’Afrique, il créera le marché de la potasse du continent», estime Thapelo Machaba, économiste agricole à la Chambre de commerce agricole d’Afrique du Sud, citée par Forbes Africa. Elle met en avant des coûts de production potentiellement faibles, un accès direct à l’océan Atlantique et un environnement politique favorable aux investissements.

Une position géographique stratégique face à la demande mondiale

L’un des principaux atouts du Gabon réside justement dans sa position géographique. Situé sur la façade atlantique, le pays bénéficie d’une liaison maritime directe avec le Brésil, premier importateur mondial de potasse avec environ 13 millions de tonnes par an. Contrairement à d’autres routes commerciales exposées aux tensions géopolitiques et aux détroits stratégiques, le corridor Atlantique reliant le Gabon aux Amériques ne dépend ni de canaux ni de passages maritimes sensibles.

Dans un contexte international marqué par les inquiétudes sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement, notamment après les tensions au Moyen-Orient et les menaces pesant sur le détroit d’Ormuz, cette stabilité logistique pourrait renforcer l’attractivité du Gabon auprès des grands marchés agricoles.

L’Afrique comme marché d’avenir à partir de 2029

Au-delà du Brésil et des États-Unis, l’Afrique constitue également une cible prioritaire. Le continent consomme encore peu de potasse, environ deux millions de tonnes par an, principalement en raison des coûts d’accès élevés. Millennial Potash entend ainsi positionner le projet gabonais comme une solution destinée à soutenir l’agriculture africaine dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Le projet bénéficie déjà du soutien de la United States International Development Finance Corporation (DFC), engagée dans l’accompagnement des études de faisabilité. En parallèle, les autorités gabonaises travaillent avec les investisseurs à la construction d’un port en eau profonde destiné à soutenir l’exportation future de la production.

La mise en exploitation industrielle est envisagée à l’horizon 2029, avec un démarrage des travaux miniers prévu dès le second semestre 2027. La société prévoit de recourir à une technique d’exploitation par dissolution, jugée moins invasive pour les populations et l’environnement.

Si les défis financiers et infrastructurels restent importants, les perspectives ouvertes par la potasse pourraient offrir au Gabon un nouveau levier stratégique de diversification économique, à l’heure où la demande mondiale en engrais continue de progresser.

 
GR
 

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