Alors que l’État gabonais engage un vaste chantier dans une zone de mangroves au nord de Libreville, l’expert en environnement Louis Léandre Ebobola Tsibah alerte sur les risques écologiques et sécuritaires. Ses propos posent une question de fond : peut-on développer sans compromettre la sécurité publique et la durabilité environnementale ?

Depuis plusieurs semaines, des travaux de terrassement sont observés à proximité du futur parc d’agrégats de la voie de contournement. © D.R.

 

Depuis plusieurs semaines, des travaux de terrassement sont observés à proximité du futur parc d’agrégats de la voie de contournement de l’aéroport de Libreville. Si ce projet d’envergure est porté par la présidence de la République et financé sur fonds publics, il soulève de vives interrogations, notamment chez Louis Léandre Ebobola Tsibah, ancien directeur général de l’Environnement et consultant senior reconnu pour son expertise en développement durable.

Dans une récente publication, il appelle les autorités à la prudence : « Ignorer la fragilité d’un tel écosystème, et surtout la présence d’une conduite stratégique comme la DN800, expose non seulement l’environnement, mais aussi la sécurité des populations et des infrastructures vitales comme l’aéroport », souligne-t-il.

Une contradiction qui interpelle

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Le projet s’implante au cœur des mangroves, zones humides protégées par la loi, et récemment au centre d’opérations musclées des autorités contre des riverains accusés d’y avoir bâti illégalement. « Comment expliquer que des compatriotes soient sanctionnés aussi lourdement alors qu’un projet d’État enfreint outrageusement les mêmes règles ? », s’interroge Ebobola Tsibah. Une contradiction qui, selon lui, appelle à plus de cohérence dans l’application des textes.

Les mangroves jouent un rôle crucial : protection contre l’érosion, nurserie pour la biodiversité, stockage du carbone, filtration des eaux. Mais le site du projet présente une autre contrainte critique : la présence d’une conduite d’eau DN800 alimentant tout le nord de Libreville et Akanda. Posée à faible profondeur et fonctionnant sous forte pression, une rupture accidentelle pourrait provoquer des cratères, des inondations soudaines et une privation d’eau potable pour des milliers de foyers. Plus grave encore, la proximité immédiate de l’aéroport international Léon Mba accroît le risque pour la sûreté aérienne en cas d’incident.

La loi et les alternatives

La loi nᵒ 007/2014 et l’arrêté nᵒ 035/2020 imposent la réalisation d’une Étude d’impact environnemental (EIE) préalable pour tout projet dans une mangrove. Or, selon Ebobola Tsibah, « l’EIE n’est pas un facteur bloquant mais un outil d’aide à la décision », permettant d’anticiper, réduire ou compenser les risques. L’expert propose deux pistes : suspendre les travaux afin de procéder à une EIE complète ou envisager une délocalisation du projet vers un site alternatif, comme Cap Caravane, moins sensible et mieux adapté.

En conclusion, Louis Léandre Ebobola Tsibah rappelle que le développement ne doit pas s’opposer à la protection de l’environnement : « Protéger nos mangroves et nos infrastructures, c’est protéger à la fois notre environnement, notre sécurité et notre avenir collectif. » Une interpellation claire, qui renvoie désormais la responsabilité aux autorités compétentes.

 
GR
 

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