Recapitalisation d’Eramet : un député français y voit le «sauvetage» des Duval plus qu’un gain de souveraineté pour le Gabon
Dans une question écrite publiée au Journal officiel du 30 juin 2026, le député Arnaud Le Gall (LFI-NFP) conteste frontalement la lecture officielle de l’entrée du Gabon au capital du groupe minier Eramet. Loin de renforcer la souveraineté du pays sur ses ressources, l’opération viendrait, selon lui, renflouer la famille Duval avant que celle-ci ne se retire.

Arnaud Le Gall (LFI-NFP) : dans une question écrite, le député interroge Paris sur une opération qui «sauverait» la famille Duval plus qu’elle ne renforcerait la souveraineté gabonaise. © Tunisienumerique.com
Adressée au ministre de l’Europe et des affaires étrangères, la question comporte deux volets. Le premier, qui appelle un traitement distinct, dénonce un «tournant autoritaire» de ce que le député appelle encore «autorités de transition» et s’inquiète du signal qu’enverrait l’accueil du chef de l’État gabonais à Paris le 20 juillet. Le second, plus inattendu, s’attaque à un récit que Libreville présente comme une avancée souveraine : la prise de participation dans Eramet.
L’angle vaut d’être pris au sérieux, car il vient d’un élu de gauche (La France insoumise – Nouveau Front Populaire), en principe favorable au contrôle des États africains sur leurs richesses, et qu’il retourne l’argument de la souveraineté contre l’opération elle-même.
Sauver l’entreprise avant de la vendre ?
Le raisonnement du député se déploie en chaîne. Eramet a clos 2025 sur une perte nette de 477 millions d’euros et un endettement record. La recapitalisation de 500 millions d’euros (environ 328 milliards de francs CFA) autorisée par l’assemblée générale du 27 mai 2026 viserait, dans sa lecture, à restaurer le bilan du groupe avant sa cession, le recours à une banque spécialisée dans les fusions-acquisitions nourrissant selon lui cette hypothèse.
Or l’actionnaire de référence, la famille Duval, que Le Gall qualifie, à tort, de «majoritaire», alors qu’elle ne détient que 37 % du capital, étudierait précisément, selon le Financial Times puis Les Échos, une sortie partielle ou totale. D’où sa conclusion, sans détour : un montant que le député chiffre à quelque 131 milliards de francs CFA, près de 40 % de l’opération, servirait «au sauvetage de la famille Duval», non à la souveraineté du pays. Ainsi, l’argent gabonais viendrait redorer l’actif que ses propriétaires historiques s’apprêtent à céder. Eramet, de son côté, s’est borné à prendre acte de l’intention de Libreville, sans en confirmer le montant ni les modalités.
Comilog, Setrag : la valeur est restée au Gabon
À cette critique financière s’ajoute une objection structurelle. Détenir une fraction du capital de la maison mère parisienne ne donne, plaide le député, aucune prise sur les opérations conduites au Gabon, là où se concentre la valeur : la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) représenterait 63 % du chiffre d’affaires du groupe, et la Société d’exploitation du Transgabonais (Setrag) achemine, selon lui, près de 90 % du minerai vers les ports. Sur ces deux leviers, l’État gabonais resterait minoritaire, sans droit de veto, et il s’endette par ailleurs auprès de l’Union européenne et de l’Agence française de développement (AFD) pour financer seul la rénovation ferroviaire.
La démonstration du député de gauche a ses angles morts : elle néglige le poids stratégique d’un siège au conseil de la maison mère, et l’interdiction d’exporter le manganèse brut dès 2029, par laquelle Libreville entend ramener la transformation sur le sol national. Il n’en demeure pas moins que la question, posée à Paris, atteint sa cible : à quelles conditions une prise de participation devient-elle une souveraineté, et non le financement de la sortie d’un actionnaire étranger ?















1 Commentaire
La souveraineté du Gabon est pleine sur la propriété du manganèse.
Le destin désormais assigné à cette richesse nationale, dès 2029 et sans aucune référence avec la prédation sans concession exercée depuis son exploitation associée aux investissements réalisés prioritairement au bénéfice de la maison mère de comilog,, est celui de servir les intérêts du Gabon selon les ambitions et le chronogramme corrélé structurés par les gabonaises et les gabonais.
L’intrusion dans le capital d’Eramet a un effet phagocyte.
Rappelons nous au bon souvenir de ce que :
1) l’or noir du Gabon a bel et bien construit Elfspaf, devenu Elf Aquitaine;
2) En 1978,
2.1 Elf Aquitaine a acheté la compagnie américaine Texas Gulf petroleum, avec les bénéfices tirés de Elf Gabon;
2.2 Le tout premier robot déployé pour l’exploration pétrolière dans l’ultra profond a été réalisé grâce au financement de Elf Gabon
Où en sommes-nous…?
Être au capital d’Eramet ne saurait être une fin en soi et ne devrait nullement distraire le Gabon de la nécessité de mettre en chantier, sans attendre à travers son propre chronogramme, ses légitimes ambitions de transformer SON manganèse au GABON.
car, au delà des effets mécaniques attendus sur l’économie par la création de richesses nouvelles, l’emploi et l’acquisition de compétences de hautes technicités, ce processus réduirait fortement la pollution de l’environnement et la réduction des rejets de gaz à effet de serre avec la disparition des volets de transfert du manganèse du Gabon à Dunkerque très polluants par des cargos thermiques.
Dans ce dossier, le Gabon n’a pas d’ami et n’en a jamais eus d’ailleurs dans aucun autre au titre de partenariats, chaque partie quelle qu’elle soit défendant ses intérêts, bec et ongles.