Un chômage national officiellement en baisse à 17,4 %, mais 34,5 % des jeunes sans emploi. 20 980 demandeurs inscrits au Pôle national de promotion de l’emploi, pour 669 postes pourvus par an. Produit par le ministère de la Planification avec l’appui du PNUD, le RNDH 2026 est un document officiel. C’est bien ce qui trouble : chiffre après chiffre, il démonte le récit d’une politique de l’emploi qui porterait ses fruits..

Attendre, encore attendre : pour 20 980 jeunes inscrits au PNPE, 669 postes trouvent preneurs chaque année, selon le RNDH 2026. © Illustration générée par IA / GabonReview

 

Rien, dans la facture du document, ne laisse présager la charge. Préfacé par la ministre de la Planification, salué au lancement par les officiels et les partenaires, le rapport avance sous les habits feutrés de la littérature institutionnelle. C’est dans les chiffres, alignés avec méthode, que le désaveu se niche. Le premier coup porté vise l’indicateur fétiche : la baisse du chômage national, passé de 20,4 % en 2010 à 17,4 % en 2024. Une amélioration réelle, mais que le rapport relativise aussitôt en révélant l’envers du décor : 34,5 % de chômage chez les jeunes, 21,4 % chez les femmes, et une économie informelle jouant les «variables d’ajustement» au prix d’une précarité massive. La moyenne nationale flatte ; la réalité générationnelle accable.

Un guichet qui déborde, des postes qui manquent

Les registres du Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE), exploités par le rapport lui-même, dressent un constat implacable. Les inscriptions de jeunes demandeurs ont bondi de 279 % entre 2013 et 2023, passant de 5 537 à 20 980. En face : 1 932 postes formels disponibles en moyenne par an, dont moins de la moitié, soit 669, trouvent effectivement preneurs. Le document parle d’un «dysfonctionnement critique des mécanismes d’intermédiation».

Pire, les placements réalisés relèvent souvent du «déclassement professionnel» : des diplômés de licence et de master orientés vers des postes de manœuvres ou d’agents d’exécution, générant «frustration socio-économique» et «sous-utilisation du capital humain national». Des emplois si précaires, ajoute le rapport, que les volumes de placement affichés «ne se traduisent pas par une stabilisation durable» des trajectoires.

Un pilotage «à l’aveugle» assumé

L’aveu le plus surprenant concerne l’outil de pilotage lui-même. Le rapport pointe l’«obsolescence du système d’information sur l’emploi» : les politiques publiques auraient été élaborées, des années durant, sans données statistiques fiables ni cartographie prospective des métiers. Difficile, dès lors, de revendiquer des résultats que l’on ne sait pas mesurer.

La conclusion du document sonne comme un désaveu du logiciel en place : «la seule croissance macroéconomique (notamment extractive) ne suffit plus», et la crise de l’emploi «ne peut plus être pilotée uniquement depuis le centre». Un changement de paradigme réclamé noir sur blanc. Reste à savoir si l’exécutif entendra ce que sa propre administration lui dit, à demi-mot.

 
GR
 

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