À cinq mois du lancement de la réforme, le gouvernement a présenté aux administrateurs et aux actionnaires de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) un plaidoyer méthodique en faveur de la scission de l’entreprise. Volonté issue du Dialogue national, engagement présidentiel, comptes durablement dégradés, risques juridiques à neutraliser et calendrier désormais arrêté : l’exécutif a dévoilé les arguments sur lesquels il entend bâtir le consensus indispensable à la naissance, le 1er janvier 2027, de deux nouveaux opérateurs publics.

Autour du ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, les administrateurs et les actionnaires de la SEEG ont examiné les modalités de la réforme devant conduire à la création de La Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon. © D.R.

 

Réunis ce vendredi 31 juillet en conseil d’administration extraordinaire à Libreville, les administrateurs de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) et les actionnaires stratégiques ont reçu une communication du gouvernement présentée par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoy, entouré du ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Minco (annoncé), du ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions, François Ndong Obiang, ainsi que de la ministre du Travail, du Plein Emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, Jacqueline Bignoumba. Ensemble, ils ont exposé les fondements politiques, financiers, juridiques et sociaux d’une réforme que l’exécutif considère désormais comme incontournable.

Une réforme déjà décidée, qu’il reste à faire accepter

Poignées de main, échanges et séance de travail : autour du ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoy, plusieurs membres du gouvernement, dont François Ndong Obiang et Jacqueline Bignoumba, ont pris part au conseil d’administration extraordinaire de la SEEG consacré au projet de scission de l’entreprise. © D.R.

Le gouvernement n’est, en effet, plus au stade de la réflexion. Pour lui, la séparation des activités de l’eau et de l’électricité est désormais une trajectoire arrêtée. Devant le conseil d’administration de la SEEG, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a rappelé que cette réforme répond à une recommandation formulée lors du Dialogue national et s’inscrit dans le premier engagement du président Brice Clotaire Oligui Nguema : refonder le secteur de l’eau et de l’énergie.

La création de La Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon, déjà validée en Conseil des ministres, constitue ainsi le cadre dans lequel le gouvernement entend réorganiser deux services jugés stratégiques.

Des chiffres qui servent d’argument

Pour convaincre les actionnaires, l’exécutif a choisi de s’appuyer sur les comptes de la société plutôt que sur un discours politique. Le diagnostic est sévère. Le chiffre d’affaires est resté pratiquement stable entre 2020 et 2023 avant de progresser de moins de 2 % en 2024. Dans le même temps, les frais financiers ont été multipliés par quatorze en cinq ans, signe, selon le gouvernement, d’un endettement qui ne finance plus les investissements mais les pertes d’exploitation.

Le tableau se complète avec un excédent brut d’exploitation négatif de 23,8 milliards de francs CFA, une perte nette de 45,6 milliards, une forte dégradation du besoin en fonds de roulement, un recul de la valeur ajoutée et une masse salariale qui progresse plus vite que la richesse produite. Pour l’exécutif, ces indicateurs traduisent moins une crise passagère qu’un modèle économique devenu structurellement fragile.

C’est sur cette base que le gouvernement invoque les dispositions de l’Acte uniforme OHADA relatives aux capitaux propres des sociétés commerciales pour justifier une restructuration en profondeur.

Éviter que la réforme ne crée de nouveaux risques

L’un des messages les plus forts de cette communication concerne la manière dont la scission doit être conduite.

Le gouvernement refuse qu’elle intervienne tant que les risques juridiques, bancaires et patrimoniaux n’auront pas été totalement sécurisés. Il demande donc aux administrateurs et aux actionnaires d’approuver cinq résolutions destinées à verrouiller l’opération : gel provisoire des actes irréversibles, audit des engagements bancaires, expertise patrimoniale des actifs stratégiques, discussions avec les principaux créanciers et confirmation des dettes sous forme d’attestations de solde.

Dans le même esprit, un audit complet des actifs sera mené afin d’en établir un inventaire valorisé et de préciser leur statut juridique. Par la voix de Philippe Tonangoye, le gouvernement envisage également la création d’une structure de défaisance chargée de cantonner le passif historique de la SEEG, afin que les deux futures sociétés puissent démarrer leur activité sans hériter de l’ensemble des déséquilibres accumulés.

Une transition sous surveillance

Au-delà des aspects financiers, l’exécutif assure vouloir préserver les intérêts de toutes les parties concernées : salariés, actionnaires, fournisseurs et créanciers.

Les personnels seront affectés à la société correspondant à leur activité principale, tandis que les fonctions supports seront examinées au cas par cas. Les partenaires sociaux seront associés au processus avec l’appui du ministère chargé du Travail et de l’Emploi.

La conduite de la réforme sera confiée à un comité paritaire de pilotage placé sous l’autorité stratégique du président de la République. Il réunira les représentants de la SEEG, les partenaires sociaux et les administrations concernées afin de superviser l’ensemble des volets financiers, techniques, patrimoniaux et sociaux.

Le compte à rebours est lancé

Le calendrier décliné par Philippe Tonangoye prévoit que la SEEG poursuive la gestion des affaires courantes jusqu’au 31 décembre 2026 à 23 h 59. La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon prendront officiellement le relais une minute plus tard, le 1er janvier 2027 à 0 heure.

Reste toutefois une condition essentielle : obtenir l’accord des actionnaires. Si l’État détient déjà 56 % du capital de la SEEG par l’intermédiaire du Fonds souverain de la République gabonaise, il lui manque encore les voix nécessaires pour atteindre la majorité qualifiée des deux tiers exigée par le droit OHADA.

En réunissant administrateurs et investisseurs autour d’un même diagnostic, le gouvernement cherchait moins à annoncer une réforme qu’à créer les conditions de son adoption. Le véritable enjeu de cette séquence était là : transformer une décision politique en décision partagée.

 
GR
 

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