Un nouveau classement international place le Gabon au troisième rang mondial des destinations les plus risquées pour les voyageurs solo, juste derrière le Venezuela et la Colombie. Un verdict sévère méritant d’être décortiqué.

Un risque avant tout sanitaire : selon Squaremouth, c’est l’accès limité aux soins, et non l’insécurité, qui pèse sur le classement du Gabon. (Illustration générée par IA) © GabonReview

 

Troisième position mondiale. Le chiffre claque et s’impose comme une alerte rouge pour quiconque envisage un séjour en solitaire au Gabon. L’étude, publiée par le comparateur américain d’assurances voyage Squaremouth, attribue au pays un indice de risque de 8,51 sur 10, un score qui le hisse devant des nations habituellement associées à l’insécurité chronique, comme le Pérou ou la Bolivie.

Sur le papier, la nouvelle a de quoi inquiéter. Le Gabon devance ainsi la Jamaïque, la Guyane, l’Équateur et l’Afrique du Sud, des destinations pourtant réputées bien plus exposées à la criminalité violente. De quoi alimenter, dans l’esprit d’un voyageur pressé, l’image d’un pays à éviter à tout prix.

Un score qui ne dit pas ce qu’on croit

En y regardant de plus près, ce classement flatteur pour l’effet d’annonce raconte une tout autre histoire. Squaremouth construit son indice à partir de huit critères combinés : sécurité perçue, indices de paix et de criminalité, exposition aux catastrophes naturelles, qualité de la connexion mobile et, surtout, accès aux soins de santé. Or c’est précisément sur ce dernier point que le Gabon s’effondre.

Le pays affiche le pire score santé de toute l’étude, 31,5 sur 100, pour une moyenne de deux lits d’hôpital pour 1 000 habitants, un chiffre chutant encore hors des grands centres urbains. Ce déficit d’infrastructures médicales pèse à lui seul l’essentiel de la note finale, loin devant tout facteur lié à la violence ou à l’instabilité.

La criminalité, grande absente du dossier gabonais

Le rapport apporte un éclairage précieux sur ce point. Chez les voyageurs américains sondés par Squaremouth, 40 % placent la criminalité en tête de leurs craintes avant de renoncer à une destination jugée risquée, loin devant l’instabilité politique (37 %) et les questions sanitaires, reléguées à 12 %. Autrement dit, l’imaginaire collectif associe spontanément un tel classement à la violence, alors que le dossier gabonais relève d’une logique entièrement différente.

Le Gabon ne partage donc pas le sort du Venezuela, rongé par l’insécurité urbaine, ni celui de la Colombie, marquée par une criminalité endémique documentée. Sa présence dans ce trio de tête tient à un indicateur froid et mesurable, la faiblesse du maillage hospitalier, sans rapport avec la géographie de la peur suggérée par le mot «risque».

Un signal à corriger, pas une réputation à subir

Le moment n’est pas neutre. Ce classement tombe alors que le Gabon déploie sa Stratégie nationale du tourisme durable, entre caravane touristique et ambassadeurs de prestige. Un tel palmarès, aussi imparfaite que soit sa lecture par le grand public, influence directement les arbitrages des voyageurs et des compagnies d’assurance.

La réponse la plus efficace ne sera donc pas communicationnelle. Elle passera par un renforcement concret des infrastructures hospitalières hors de Libreville et par une offre de couverture médicale mieux calibrée pour les visiteurs étrangers. À défaut, les forêts de Loango et les gorilles de la Lopé continueront d’attendre un voyageur solo que le pays peine encore à rassurer.

 
GR
 

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