Pendant que les chiffres flatteurs des budgets successifs masquaient la réalité d’un État à bout de souffle, le Gabon s’enfonçait dans une spirale d’illusions comptables et de dettes chroniques. Derrière l’apparente prospérité des lois de finances se cachait une vérité brutale : celle d’un pays vivant au-dessus de ses moyens, incapable d’assurer durablement ses missions sociales essentielles. Dans la tribune suivante, d’une lucidité rare, Noël Biloghe Bi Ndong* dénonce cette mécanique d’autosatisfaction budgétaire et appelle à une rupture véritable : celle de la transparence et de la vérité nationale, seule voie, selon lui, pour refonder la confiance entre l’État et le peuple.

Tant que la lumière ne sera pas faite sur la gestion de l’État, la confiance ne renaîtra pas. © D.R.

 

Directeur de l’Audit et du Contrôle interne, Noël Biloghe Bi Ndong* est reconnu pour son expertise en gestion des risques, en conformité et en optimisation des processus organisationnels. Diplômé en Finance, Comptabilité, Contrôle et Audit à l’IAE (France), il préside EPG Diaspora, qu’il accompagne dans la réflexion stratégique sur la gouvernance publique et le développement économique du Gabon. © D.R.

Pendant des années, le Gabon a vécu dans une illusion budgétaire soigneusement entretenue.

Sur le papier, le budget de l’État oscillait entre 3 000 et 4 000 milliards de francs CFA, mais les recettes réelles n’atteignaient que 1 200 à 1 500 milliards. Pour combler cet écart, le pays s’endettait massivement, tout en maintenant une masse salariale publique de 500 à 750 milliards.

En apparence, les comptes semblaient équilibrés. En réalité, le modèle était insoutenable : chaque année, l’État promettait plus qu’il ne pouvait financer, et les budgets n’étaient exécutés qu’à environ 40%. Les priorités essentielles (santé, éducation, infrastructures, développement local…) restaient les grandes oubliées d’une gestion marquée par l’opacité et l’endettement structurel.

𝐔𝐧 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞‌𝐦𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐮𝐫𝐞‌ 𝐦𝐚𝐥𝐠𝐫𝐞‌ 𝐥𝐞 « 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐫𝐞‌𝐠𝐢𝐦𝐞 »

Le coup d’État de 2023 avait suscité l’espoir d’une rupture avec les pratiques antérieures. Pourtant, le nouveau pouvoir a reconduit les mêmes logiques, en annonçant un budget de plus de 7 000 milliards de francs CFA sans réelle augmentation des recettes nationales.

Au lieu d’engager une réflexion profonde sur les causes structurelles du déséquilibre budgétaire, les nouvelles autorités ont cherché à désigner un bouc émissaire. Tantôt X, tantôt Y, sans jamais pointer sa propre responsabilité dans les repressions sanglantes qui ont émaillé les différentes crises post-électorales.

Cette stratégie de diversion, bien connue dans les régimes politiques fragiles, permet d’alimenter l’idée d’un « responsable unique », tout en évitant d’interroger les mécanismes systémiques de la mauvaise gouvernance que sont la dépendance aux rentes, l’absence de transparence, la faiblesse du contrôle parlementaire et la captation des ressources publiques par des réseaux informels.

Les dépenses publiques échappent encore à toute discipline, la production nationale reste faible, et la confiance des citoyens dans la gestion de l’État demeure érodée.

𝐋𝐚 𝐧𝐞‌𝐜𝐞𝐬𝐬𝐢𝐭𝐞‌ 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐞‌𝐫𝐢𝐭𝐞‌ 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞

Face à cette situation, les Gabonais ne veulent plus de promesses ni de boucs émissaires, mais de vérité. Ils veulent comprendre comment leur pays a été géré ? où sont passées les ressources ? pourquoi les institutions n’ont pas su protéger l’intérêt général ? comment les mêmes pratiques ont pu se perpétuer d’un régime à l’autre ?

C’est pourquoi il devient indispensable de mettre en place une Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation nationale.

Cette instance indépendante permettrait de faire la lumière sur la gestion de l’État au cours des dernières décennies – qu’il s’agisse des finances publiques, des ressources naturelles, de la gouvernance ou des droits citoyens.

Elle devrait identifier les responsabilités politiques et administratives, proposer des réparations symboliques ou institutionnelles, et surtout refonder la confiance entre les dirigeants et le peuple.

𝐑𝐞𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐯𝐞‌𝐫𝐢𝐭𝐞‌, 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥’𝐢𝐥𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧

Le Gabon ne pourra pas se reconstruire sur des budgets fictifs et des chiffres maquillés, ni sur des procès politiques sélectifs.

Seule une démarche de vérité, de justice et de réconciliation permettra de tourner la page des illusions et de poser les bases d’un développement réellement national, fondé sur la transparence, la responsabilité et la production.

𝐍oë𝐥 𝐁𝐈𝐋𝐎𝐆𝐇𝐄 𝐁𝐈𝐍𝐃𝐎𝐍𝐆*

Membre du parti EPG Diaspora

 
GR
 

1 Commentaire

  1. messowomekewo dit :

    Quelqu’un, a parlé de « révolution de palais » beaucoup parmi nous avait tourné cela en dérision, c’est pourtant bien de ça qu’il s’agit. En effet, le système qui gère le pays aujourd’hui est celui de bongo père, ce sont les mêmes pratiques qui ont cours, enfumage, ruse, népotisme etc.On a cru un moment que les choses pourraient changer, mais hélas, un serpent, malgré sa mue reste un serpent. Il n’y aura jamais de commission d’enquête, vérité, réparation et réconciliation, puisque les acteurs d’aujourd’hui sont ceux d’hier. Si vous scrutez ceux qui étaient à la manœuvre pour le trucage des élections, la répression post-électorale, la gabegie financière, vous retrouverez les mêmes patronymes, voire la même origine géographique. Pour ce beau monde, juste bon pour la prison à vie, cette commission serait une façon de se mettre la corde au cou…

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