[Tribune] Le Gabon se réveille, la France doit écouter car Bouygues, Dragage, Sobea : les cicatrices d’une amitié à sens unique
À quelques jours de l’arrivée annoncée d’Emmanuel Macron à Libreville, la tension monte autour du sens réel de cette visite et des cicatrices encore vives laissées par plusieurs entreprises françaises du BTP et de l’énergie. Alors que la transition gabonaise arrive à son terme et que le pays affirme plus fortement sa souveraineté, les attentes sont immenses et les suspicions tout autant. Dans la tribune suivante, Aymar Kissengori* alerte : l’amitié franco-gabonaise ne peut plus ignorer les blessures sociales et les rapports déséquilibrés d’hier.

«Le Gabon est à l’aube d’un nouveau départ. Sa jeunesse, ses travailleurs, sa société civile réclament justice, souveraineté, respect. Pas de protocoles creux. Pas de gestes symboliques sans substance», dixit Aymar Gaëtan Kissengori. © GabonReview

Aymar Gaëtan Kissengori est un syndicaliste et acteur social gabonais, connu principalement pour son engagement dans le milieu syndical et communautaire au Gabon. Il a été secrétaire général du Syndicat des mines et de l’industrie du Gabon (Symiga) et dirige également la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG). © D.R.
Le 23 novembre prochain, le Président Emmanuel Macron est attendu à Libreville. Une visite officielle qui, dans le contexte de notre transition politique, soulève autant de questions que de réserves. Car les relations entre la France et le Gabon ne se résument pas à des accords diplomatiques : elles sont aussi marquées par des blessures profondes, vécues par les travailleurs et la société civile.
Pourquoi cette visite à la veille de la clôture de la transition, alors que le Dialogue national a clairement appelé à une révision des relations franco-gabonaises et à la fin des accords coloniaux ? Pourquoi maintenant, alors que les souvenirs laissés par certaines entreprises françaises sont encore douloureux ?
On se souvient du départ précipité de Dragages Gabon et de SOBEA, deux piliers du secteur BTP, qui ont quitté le pays sans rendre de comptes, abandonnant des chantiers inachevés, des dettes impayées et des travailleurs livrés à eux-mêmes. Ces départs ont été vécus comme un mépris flagrant envers nos institutions et les droits des employés.
Mais le cas le plus emblématique reste celui de Bouygues Energies et Services, qui a mis fin à ses activités en 2017 dans la plus grande discrétion, annonçant la fermeture par visioconférence depuis Paris. Les salariés ont dénoncé des mois de salaires impayés, des ruptures abusives de contrat, et une absence totale de communication officielle. Tandis que Bouygues célébrait la signature d’un contrat au Japon, ses anciens employés au Gabon réclamaient justice.
Ces épisodes ont laissé un goût amer. Ils incarnent ce que beaucoup dénoncent : une relation déséquilibrée, où les intérêts français priment sur les droits et les besoins du peuple gabonais.
Dans ce contexte, la visite du Président français ne peut être neutre. Elle pourrait être un geste d’amitié, mais sans propositions concrètes, elle risque d’être perçue comme une tentative d’ingérence ou de perpétuation d’un système inégal.
Et surtout, le Président Macron ne doit en aucun cas remettre en cause les choix souverains du Gabon, notamment ceux liés à sa transformation politique, institutionnelle et économique. Le peuple gabonais a engagé un processus de refondation historique, et ce chemin ne peut être dicté ni freiné par des intérêts extérieurs.
Le Gabon est à l’aube d’un nouveau départ. Sa jeunesse, ses travailleurs, sa société civile réclament justice, souveraineté, respect. Pas de protocoles creux. Pas de gestes symboliques sans substance.
Et si, paradoxalement, l’absence du Président français devenait un acte diplomatique plus fort que sa présence ? Un silence respectueux du temps de refondation, plutôt qu’un déplacement mal calibré.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine :
Le peuple gabonais, singulièrement le travailleur, est éveillé. Et soutient son Président dans les choix du Gabon d’abord.
Par Aymar Kissengori, Président de la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG)
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1 Commentaire
Vous ne manquez pas de culot dans votre article à charge et à sens unique….
Les boîtes en question, comme tant d’autres, sont parties parce que l’état ne les payait pas, parce qu’elles étaient menacées par les autorités, pas parce qu’elles étaient malhonnêtes.
Menez votre enquête plutôt chez les Socofi et Afcons et revenez nous voir.