Le mois d’avril, dédié à la sécurité et à la santé au travail, s’est refermé sur un silence assourdissant pour des milliers de salariés gabonais confrontés à des arriérés de salaires, à une couverture sociale lacunaire et à des conditions d’exercice indignes. Entre les agents de la CNNII, ceux de la Sogatra et tant d’autres dont les bulletins de paie s’éternisent et dont l’immatriculation à la CNSS demeure incertaine, la fracture entre les textes et leur application n’a jamais paru aussi béante. Dans la tribune qui suit, Aymar Gaëtan Kissengori, président de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Gabon, interpelle les ministères du Travail, de l’Économie et des Affaires sociales : il réclame des actes, des contrôles, des sanctions, et rappelle que le premier risque professionnel, aujourd’hui, porte un nom, celui de l’abandon social.

«Le premier risque professionnel pour beaucoup de travailleurs gabonais, c’est l’abandon social», dixit Aymar Gaëtan Kissengori, président de la CSTG. © GabonReview / Illustration IA

 

Aymar Gaëtan Kissengori est un syndicaliste et acteur social gabonais, connu principalement pour son engagement dans le milieu syndical et communautaire au Gabon. Il a été secrétaire général du Syndicat des mines et de l’industrie du Gabon (Symiga) et dirige également la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG). © D.R.

Le mois d’avril, consacré à la sécurité et à la santé au travail ainsi qu’à la lutte contre les risques professionnels, vient de s’achever. Partout ailleurs, cette période est l’occasion pour les gouvernements, les entreprises et les syndicats de parler de prévention, de protection des travailleurs et de dignité au travail.

Au Gabon, beaucoup de travailleurs ont surtout retenu le silence.

Ayons le courage de dire les choses telles qu’elles sont.

La sécurité au travail ne peut pas se limiter à des documents, des cérémonies ou des annonces institutionnelles pendant que, dans la réalité, des travailleurs vivent sans salaires et parfois sans couverture sociale.

Aujourd’hui encore, des agents de la CNNII, de la SOGATRA et de plusieurs autres entreprises traversent des situations extrêmement difficiles.

Derrière les chiffres et les dossiers administratifs, il y a des hommes et des femmes qui souffrent.

Il y a des parents qui ne savent plus comment payer les frais scolaires de leurs enfants.
Il y a des travailleurs qui quittent leur domicile le matin sans savoir comment nourrir leur famille le soir.
Il y a des salariés qui continuent de travailler malgré des mois d’arriérés de salaires, simplement parce qu’ils gardent encore l’espoir que les choses changent. Et comme si cela ne suffisait pas, certains ne sont même pas régulièrement immatriculés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale.

Cela signifie qu’en cas d’accident, de maladie ou à l’heure de la retraite, ces travailleurs risquent de se retrouver sans protection réelle. C’est une situation profondément injuste.

Le Code du travail existe.
Les conventions de l’Organisation internationale du Travail existent.
Les obligations des employeurs sont connues.

Le problème aujourd’hui n’est pas l’absence de textes.
Le problème, c’est leur application.

Pendant que les urgences sociales s’aggravent, l’impression donnée est que plus d’énergie a été consacrée à bâcler l’organisation des élections professionnelles qu’à la résolution concrète des problèmes liés aux salaires et à la protection sociale qui ont un impact direct sur le citoyen.

En quelques mois seulement, des décisions fortes auraient pu être prises :

  • exiger la régularisation des arriérés de salaires ;
  • la prise des arrêtés spécifiques aux secteurs à risques conformément à l’article 259 du code travail ;
  • renforcer les contrôles dans les entreprises ;
  • vérifier l’immatriculation des travailleurs à la CNSS ;
  • sanctionner les employeurs qui ne respectent pas la loi ;
  • redonner un peu de dignité à des milliers de familles.

C’est cela que les travailleurs auraient obtenu immédiatement en cent jours.

Le ministère du Travail ne peut pas continuer à apparaître silencieux face à ces réalités.

Le ministère de l’Économie ne peut pas rester simple spectateur pendant que des entreprises accumulent les retards de salaires et négligent parfois les obligations de sécurité.

Le ministère des Affaires sociales ne peut pas commémorer la Journée africaine de la prévention des risques professionnels sans porter une attention réelle aux conséquences humaines et sociales des accidents du travail, de la précarité et de l’absence de protection sociale.

Car aujourd’hui, le premier risque professionnel pour beaucoup de travailleurs gabonais, c’est l’abandon social.

La santé au travail, ce n’est pas seulement des séminaires ou des rapports techniques.
C’est la protection concrète de la vie humaine.
C’est la dignité.
C’est le respect du travailleur.

Les travailleurs gabonais n’attendent pas uniquement des discours ou des cérémonies.
Ils attendent des décisions courageuses.
Ils attendent des contrôles sérieux.
Ils attendent que les lois soient enfin appliquées.

Aucun développement économique durable ne peut se construire au prix de la vie ou de la souffrance des travailleurs.

La sécurité au travail commence aussi par :

  • un salaire payé à temps ;
  • une couverture sociale effective ;
  • des conditions de travail dignes ;
  • et le respect du travailleur.

Les travailleurs gabonais ne demandent pas des privilèges.
Ils demandent simplement qu’on respecte leurs droits et leur dignité.

Le pays ne pourra construire une paix sociale durable que si les travailleurs sentent enfin que leurs souffrances sont entendues et prises au sérieux.

Aymar Gaétan KISSENGORI
Président de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Gabon

 
GR
 

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