[Tribune] Presse africaine : les disparitions rapprochées d’Idriss Fall et Jérémie Nzamba
Deux jours, deux départs, un même silence qui s’abat sur les rédactions africaines. Idriss Fall, rédacteur en chef du service francophone de la Voix de l’Amérique, s’est éteint le 23 juillet à Washington ; Jérémie Gustave Nzamba, figure d’Africa N°1, l’a rejoint le 25 juillet. Dans cette tribune bouleversante, le journaliste gabonais Ismaël Obiang Nze, correspondant de longue date au Gabon pour Medi1TV, la VOA et France 24, leur rend un hommage vibrant. Ses souvenirs intimes éclairent la portée d’un héritage qui dépasse largement les frontières des rédactions.

Journaliste gabonais et correspondant de la VOA, Ismaël Obiang Nze (à gauche) dit adieu à ses deux frères de plume, Idriss Fall et Jérémie Gustave Nzamba, arrachés au journalisme africain à deux jours d’intervalle. © GabonReview (montage)
Le monde du journalisme africain est en deuil. En l’espace de deux jours, deux figures emblématiques nous ont quittés : Idriss Fall, rédacteur en chef du service francophone de la Voix de l’Amérique (VOA), décédé ce jeudi 23 juillet 2026 à Washington, et Jérémie Gustave Nzamba, journaliste chevronné d’Africa N°1, rappelé à Dieu ce samedi 25 juillet. Deux grandes plumes, deux parcours hors normes, deux hommes qui ont marqué l’histoire des médias sur le continent et au-delà.
Idriss Fall : une voix transatlantique au service de la vérité
Originaire du Sénégal, Idriss Fall était bien plus qu’un journaliste. Il était un pont entre l’Afrique et le monde, une voix libre qui portait haut les réalités du continent sur la scène internationale. Recruté par la VOA en 1992 alors qu’il résidait en France, il a gravi tous les échelons pour devenir rédacteur en chef du service francophone, un poste qu’il a occupé avec rigueur et passion pendant près de trente ans.
Figure du grand reportage, il a couvert les conflits les plus meurtriers et les crises politiques majeures de l’Afrique contemporaine : le génocide rwandais de 1994, les guerres civiles au Congo-Brazzaville et au Gabon, les rébellions en Côte d’Ivoire, les coups d’État au Niger ou encore les violences en République centrafricaine. Son courage sur le terrain lui a d’ailleurs valu le prestigieux prix « David Burke Distinguished Journalism Award », une distinction rarement décernée par le conseil d’administration de la VOA pour saluer l’intégrité, le courage et l’originalité journalistique.
Parmi ses reportages les plus marquants, il fut le premier journaliste étranger à pénétrer dans la ville de Gao, au nord du Mali, en 2012, alors sous contrôle du Mujao, risquant sa vie pour témoigner de la réalité terroriste. En 1996, il avait déjà été le premier reporter à accéder aux zones rebelles de l’est de l’ancien Zaïre, révélant au monde l’existence de Laurent-Désiré Kabila, alors donné pour mort.
Au-delà du grand reporter, Idriss Fall était un mentor. Il a formé et encadré des générations de journalistes et de correspondants africains, exigeant toujours le respect scrupuleux de l’éthique et de la déontologie. Pour moi, Ismaël Obiang Nze, il était bien plus qu’un rédacteur en chef : c’est lui qui m’a recruté comme correspondant de la VOA au Gabon, le 7 janvier 2019. Ce jour-là, alors que le pays vivait une tentative de putsch, j’ai été plongé dans un direct télévisé et radiophonique grandeur nature. Ses retours, son exigence et sa confiance ont marqué le début d’une collaboration qui allait durer.
Lors des événements du 30 août 2023, alors que mes interventions étaient reprises par de nombreux médias, il m’avait lancé au téléphone avec son humour légendaire : « Hé jeune homme, ça c’est bien ça ! Tu es entrain de vivre l’âge d’or de ton métier. Je te suis un peu partout là. » Un homme d’une bienveillance rare, dont la disparition laisse un vide immense.
Jérémie Gustave Nzamba : le baroudeur au grand cœur
À ses côtés, Jérémie Gustave Nzamba, « Ya Zamb » pour les intimes, était une autre icône du journalisme gabonais et africain. Un pro, dans l’âme, comme on dit dans le métier. Il était de ces invités permanents dans mon émission Afrik Hebdo sur Tv+, un homme d’une humilité désarmante, blagueur, mais jamais naïf.
Baroudeur du journalisme universel, il possédait une connaissance intime des arcanes politiques et médiatiques du Gabon. Il était une source intarissable de conseils avisés, un puits de sagesse pour les jeunes journalistes que nous étions. Sa disparition est une perte incommensurable pour toute une profession.
Un au revoir, pas un adieu
Idriss Fall et Jérémie Gustave Nzamba nous ont quittés. Mais leur héritage, leur intégrité et leur passion pour le métier resteront gravés dans nos mémoires.
Comme je le dis à mon grand Jérémie : ce n’est qu’un au revoir. Ton départ n’est pas un adieu.
Paix à leurs âmes. Leur voix continuera de résonner dans les rédactions et dans les cœurs de tous ceux qu’ils ont inspirés.
Ismaël Obiang Nze
Journaliste gabonais















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