Investiture interrompue, remplaçante sortie du chapeau, un secrétaire général visiblement abusé par son propre entourage : le spectacle offert le 27 juin à la Place de la Concorde de Port-Gentil, lors de l’installation de la délégation provinciale de l’UDB, avait des allures de mauvais remake. Intrigues de salon, manipulations et relents d’autochtonie dans une province pourtant cosmopolite : les méthodes ayant tué le PDG renaissent au sein du parti censé les avoir enterrées. À la veille de son premier anniversaire, la formation au pouvoir joue déjà avec le poison qui a emporté sa devancière.

Place de la Concorde de Port-Gentil, le 27 juin 2026 : derrière la ferveur militante, une cérémonie d’installation troublée par les intrigues d’appareil. © GabonReview

 

La scène, rapportée par le quotidien L’Union dans son édition du 29 juin, a de quoi laisser songeur. Alors que Lucie Daker Akendengué s’avançait au podium pour son investiture officielle en qualité de déléguée provinciale de l’UDB, un remue-ménage de dernière minute a viré à la «scène surréaliste» : le secrétaire général du parti, Mays Mouissi, «qui semble avoir été dupé» selon le quotidien national, prend Marie Stéphanie Inguiessi, présentée comme le «choix du secrétariat exécutif», pour l’installer séance tenante en lieu et place de la promue. Rebuffade. La vice-présidente Laurence Ndong emboîte le pas et essuie à son tour un échec. Il aura fallu l’entregent de Régis Onanga Ndiaye, premier responsable politique de la province, pour calmer des esprits passablement échauffés, devant des militants médusés qui avaient pourtant réservé la veille un accueil chaleureux à la délégation venue de Libreville.

Mays Mouissi (en complet écru) à Port-Gentil, le 27 juin 2026 : le secrétaire général de l’UDB aurait été abusé, selon L’Union, par des officines internes, poussé à installer une déléguée qui n’avait été ni instruite ni validée dans les formes. © GabonReview (capture d’écran)

Le détail n’est pas anodin : si le patron de l’appareil du parti a été trompé, c’est que des officines ont œuvré en coulisses pour lui faire endosser, en pleine cérémonie publique, une décision qui n’avait été ni instruite ni validée dans les formes. On a donc sciemment exposé le secrétaire général au désaveu, quitte à écorner son autorité devant les militants. La manœuvre en dit long sur les mœurs qui s’installent : l’intoxication des dirigeants nationaux par des cercles d’intérêts est précisément l’une des techniques qui ont gangrené le Parti démocratique gabonais (PDG) pendant des décennies. Parachutages, combinazioni de coulisses, éviction des uns au profit des protégés des autres, avec pour seul arbitre la proximité aux cercles du pouvoir plutôt que le mérite et l’ancrage militant.

Le retour rampant de l’autochtonie

À ces intrigues d’appareil s’ajoute un poison plus insidieux encore : le réflexe ethnique. Dans l’Ogooué-Maritime, des voix s’élèvent depuis des décennies pour réclamer une préférence «autochtone» dans les désignations, au mépris de l’histoire même de la province. GabonReview s’en était déjà fait l’écho en novembre 2025 : à Port-Gentil, une cabale avait visé Léon Nze Ababe, secrétaire général adjoint de l’UDB chargé des institutions nationales et des relations internationales, pourtant soutenu par une trentaine de conseillers élus. D’anciens réseaux du parti déchu avaient alors soutenu, au nom de l’autochtonie orungu, la candidature d’un PDGiste dont le parti ne comptait que trois élus dans la province, dans le seul but de barrer la route à «ce Fang». La manœuvre avait échoué : Léon Nze Ababe a été élu sénateur du premier siège de Port-Gentil en novembre 2025 avec près de 92 % des voix. Mais l’état d’esprit qui l’avait nourrie, lui, n’a visiblement pas désarmé.

Le paradoxe est saisissant. Port-Gentil, cité pétrolière bâtie par des générations de travailleurs venus de toutes les provinces du Gabon et d’ailleurs, est sans doute l’une des villes les plus cosmopolites du pays. Y instaurer un tri des responsables politiques selon le village d’origine, c’est aller à rebours de son identité profonde et de ce brassage qui fait sa vitalité. C’est surtout réactiver la vieille grammaire de la géopolitique ethnique, cet héritage du parti unique qui distribuait les postes comme des parts de gâteau communautaires. Un parti qui se dit celui de tous les Bâtisseurs ne peut tolérer que la truelle change de main selon l’ethnie de celui qui la tient.

Le syndrome du parti-État

L’UDB est seulement en train de souffler sa première bougie que les réflexes du parti unique s’y réinstallent. C’est précisément contre ces pratiques, clientélisme, caporalisme, manipulation des dirigeants et calculs tribaux, que s’était construit le rejet massif du régime déchu. Le parti du président de la République, qui revendique la rectitude et la méritocratie parmi ses valeurs cardinales, ne peut se permettre de les piétiner à la première installation venue.

Le danger est connu et documenté par l’histoire politique gabonaise : lorsque les investitures se décident dans les salons plutôt que sur le terrain, les militants floués ne disparaissent pas. Ils se transforment en candidats dissidents. Le phénomène s’est déjà manifesté lors des dernières élections locales, dans plusieurs circonscriptions. À persister dans ces errements, l’UDB prendrait le risque d’aborder les prochaines échéances législatives face à une nuée d’indépendants issus de ses propres rangs, ses meilleurs cadres devenus ses adversaires les plus motivés.

L’exemplarité ou la décomposition

Un parti qui humilie ses propres compagnons devant le public et laisse duper son secrétaire général sape deux choses à la fois : l’autorité de ses dirigeants et la foi de sa base. Chaque militant témoin de la scène de la Place de la Concorde en a tiré une leçon silencieuse, celle d’un engagement et d’une loyauté qui pèsent moins que les faveurs de l’appareil ou l’ethnie de naissance. C’est ainsi que meurent les grandes machines politiques : non par les coups de l’adversaire, mais par l’hémorragie lente de la confiance interne.

Il appartient à la direction de l’UDB, et d’abord à son président fondateur, de siffler la fin de la récréation. Le pays n’a pas tourné la page d’un système pour en photocopier les manières sous une autre bannière. La refondation promise se jugera aussi, et peut-être d’abord, à la capacité du parti majoritaire à se gouverner lui-même autrement que ne le faisait son prédécesseur déchu.

 
GR
 

2 Commentaires

  1. FINE BOUCHE dit :

    Gabonreview pouvez vous me dire que se passe t il ? Ils n’y a plus de commentaires mais ceux qui étaient pertinents, bien écrits et sans aucune insulte ne paraissent plus.

    • DesireNGUEMANZONG dit :

      Bonjour Fine Bouche,

      GabonReview ne vous répondra pas. D’ailleurs, l’affiche des 150000 commentaires a disparu.

      En ce qui me concerne, je continue de lire ce journal numérique. GabonReview ne nous oblige pas à commenter ses publications. Ni même à être partisan de sa ligne éditoriale (A t-elle été problématique ces trois dernières années!?).

      Nous sommes toujours vivant et en pleine santé. Nous vous avons
      donné des éclairages. A vous de reprendre la lumière et de la diffuser (ne faites pas comme la SEEG!) là où il y a de l’obscurité.

      Très bon constat!

      Bonne continuation à vous!

      Monsieur Désiré NGUEMA NZONG.

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