Vingt-cinq tonnes d’espoir : quand nos déchets deviennent des emplois
Et si l’un des gisements d’emplois du Gabon se trouvait dans ce qu’il jette ? À Mindoumbé, le plastique abandonné change de statut : il devient matière première, activité économique, emplois. En deux ans, REVADAC est passé de cinq à vingt-cinq tonnes valorisées par mois, et de deux à dix collaborateurs. Adrien Nkoghe-Mba retourne sur les lieux d’une première rencontre pour constater ce qu’est devenue l’entreprise : la preuve vivante ayant transformé une ligne discrète du PNCD Trajectoire 26-30 en victoire silencieuse.

De la décharge à la matière première : à travers REVADAC, on peut voir comment ce que la ville rejette peut entrer dans un nouveau cycle économique, créer de la valeur et, surtout, des emplois. (image à titre illustratif)© GabonReview (montage)
J’ai reçu la version finale du PNCD Trajectoire 26-30, la semaine dernière, un soir, alors que Libreville profitait de cette fraîcheur particulière de la saison sèche. Je l’ai lue attentivement, comme on lit un texte dont on connaît le poids. Et au fil des pages, un passage m’a arrêté net : celui consacré au patrimoine naturel préservé et valorisé, avec, parmi ses priorités, une ligne qui n’attire pas forcément l’œil au premier regard – les déchets urbains. Valorisation. Recyclage. Économie circulaire.
Une ligne modeste sur le papier. J’ai souri. Parce que je connais quelqu’un pour qui cette ligne n’est pas une intention à venir. C’est déjà un bilan comptable.
Un homme qui ne vante jamais son enfant
Paul Alogui Lavoula, je l’ai rencontré il y a deux ans, lors de la toute première édition du Green and Blue Leader, une initiative que j’ai créée pour mettre en lumière le Gabon qui crée, le Gabon qui gagne, avec l’économie du vivant comme levier. Ce soir-là, au milieu des discours et des flashs, Paul détonnait. Pas de grandiloquence. Il m’avait parlé de REVADAC comme on parle d’un enfant qu’on ne veut pas trop vanter de peur de lui porter malheur : cinq tonnes de plastique par mois, deux paires de mains en tout et pour tout. J’avais noté ça dans un carnet, pensant vaguement : à suivre.
Le PNCD entre les mains, je me suis dit qu’il était temps de suivre, justement.
Vingt-cinq tonnes, dix collaborateurs
Je l’ai retrouvé sur son site à Mindoumbé, dans ce vacarme particulier des machines qui broient, trient, recrachent. Rien n’avait l’air d’avoir changé au premier regard – même désordre organisé, mêmes ballots de plastique classés par couleur comme des bonbons géants. Mais Paul, lui, avait changé de démarche. Il ne m’expliquait plus, il
« Vous vous souvenez des chiffres, il y a deux ans ? » m’a-t-il lancé, un sourire en coin, du genre qui sait déjà que la réponse va faire son petit effet. Je m’en souvenais : cinq tonnes, deux collaborateurs. « Aujourd’hui, vingt-cinq tonnes par mois. On est dix. »
Je n’ai rien dit tout de suite. J’ai juste regardé autour de moi, fait le calcul dans ma tête – un impact multiplié par cinq, huit emplois nés de rien, ou plutôt nés de ce que tout le monde jette – et j’ai compris que je n’étais pas venu vérifier une statistique. J’étais venu constater une victoire silencieuse.
Un aboutissement, pas une illustration
Ce qui me frappe chez Paul, ce n’est pas le chiffre. Les chiffres, tout le monde peut les aligner un jour de bilan. C’est qu’il ne parle jamais de gérer des déchets. Il parle de travailler une matière première que les autres ont jeté. Chez lui, le sac plastique n’est pas une fin de vie, c’est un début. Et en l’écoutant, j’ai compris ceci : le PNCD fixe pour 2030 une pollution réduite et des emplois verts créés. Paul montre, depuis deux ans déjà, que cette ambition n’a rien d’abstrait. Il en apporte la preuve vivante, et avec elle la conviction qu’un cadre stratégique bien pensé peut faire grandir des trajectoires comme la sienne, plus vite encore.
On aime, au Gabon comme ailleurs, parler du patrimoine naturel à coups d’éléphants et de forêts primaires, ces images qui font vibrer les rapports internationaux et les discours de COP. Ce patrimoine-là est réel, précieux, à défendre bec et ongles. Mais il y a un autre patrimoine, moins photogénique, qui ne s’exhibe pas sur les brochures : celui qui se construit tonne après tonne dans un atelier bruyant, loin des sentiers battus. Celui-là, on ne le préserve pas en le mettant sous cloche. On le préserve en le travaillant, en le transformant, en le faisant vivre.
Le Gabon qui gagne, je ne l’ai pas trouvé dans une liste de priorités à atteindre. Je l’ai trouvé dans le bruit d’une broyeuse, un après-midi, chez un homme qui a fait des déchets une raison d’embaucher dix personnes. Le PNCD trace la trajectoire jusqu’en 2030. Paul, lui, prouve qu’elle est praticable – et avec un cadre qui la reconnaît et l’accompagne, elle ira encore plus loin.
À la semaine prochaine.
*Président de l’Institut Léon MBA















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