Violences chez les jeunes : au-delà de la sanction, Greta Marat-Abyla appelle à comprendre et à accompagner
Face à la multiplication des violences impliquant des enfants et des adolescents, la réponse ne saurait se résumer à l’exclusion ou à la sanction. Pour Greta Marat-Abyla, présidente de la juridiction des mineurs près le Tribunal de Port-Gentil, il faut aussi rechercher ce qui se cache derrière les comportements violents et mettre en place un véritable accompagnement éducatif, psychologique et social.

Greta Marat-Abyla, présidente de la juridiction des mineurs de Port-Gentil lors des échanges avec la jeunesse, le 15 septembre 2026. © D.R.
La violence juvénile constitue désormais une préoccupation qui dépasse largement le cadre scolaire. À l’école, dans les familles, dans la rue et jusque dans l’espace numérique, les comportements violents impliquant des mineurs prennent différentes formes. Face à ces situations, les sanctions disciplinaires et, dans certains cas, les réponses judiciaires peuvent apparaître comme des réponses immédiates. Mais pour Greta Marat-Abyla, cette approche doit nécessairement être complétée par un travail de compréhension. «Avant de condamner, il faut aussi comprendre», rappelle-t-elle. Derrière un enfant violent peut en effet se trouver un enfant lui-même victime de maltraitances, de négligences, d’agressions sexuelles, d’humiliations ou de traumatismes
La magistrate met notamment en garde contre les effets d’une exclusion scolaire qui ne serait accompagnée d’aucun dispositif de prise en charge. Un enfant exclu et durablement étiqueté comme «violent» peut se retrouver davantage exposé à la rue, à la délinquance ou encore à la consommation de drogues et d’alcool. «La sanction est nécessaire, mais elle ne peut pas être la seule réponse», écrit Greta Marat-Abyla. Elle plaide ainsi pour que les mesures d’exclusion puissent s’accompagner d’un suivi éducatif, psychologique et social. L’objectif consiste à responsabiliser le mineur pour son acte, sans pour autant compromettre définitivement son parcours scolaire et son insertion sociale.
Des conséquences profondes sur la construction de l’enfant
La violence, souligne également la présidente de la juridiction des mineurs, ne se limite pas aux agressions physiques. Les insultes, humiliations, rejets et actes de harcèlement peuvent produire des conséquences profondes sur la construction de l’enfant. À ces violences s’ajoutent celles qui peuvent survenir dans le cadre familial, notamment les maltraitances et les violences domestiques, mais aussi celles observées dans la rue.
La magistrate insiste sur l’importance de l’environnement dans lequel évolue le mineur, celui-ci pouvant reproduire des comportements observés autour de lui. Cette problématique s’est par ailleurs étendue au numérique avec le cyberharcèlement, les menaces, les insultes, la diffusion d’images intimes ou encore le «happy slapping», qui consiste à filmer une agression avant de la diffuser sur internet. Une violence commise dans un espace physique peut ainsi continuer à produire ses effets à travers les réseaux sociaux.
Cette réalité pose un défi supplémentaire aux familles, aux établissements scolaires et aux pouvoirs publics, alors que les jeunes évoluent sur des réseaux sociaux, des plateformes de jeux et différents espaces numériques dont les mécanismes ne sont pas toujours maîtrisés par les adultes. Greta Marat-Abyla évoque également une autre expression dramatique de la violence : celle que certains jeunes peuvent retourner contre eux-mêmes.
Elle cite notamment le suicide d’un élève survenu le 10 mars 2026 à Libreville, après une chute depuis une passerelle devant son établissement scolaire. Pour la magistrate, de tels drames doivent conduire à rechercher les facteurs de détresse plutôt qu’à s’arrêter aux seuls jugements immédiats. Sa réflexion dépasse ainsi le cadre judiciaire : elle interpelle la famille, l’école, les institutions et les associations sur leur capacité à prévenir, protéger et accompagner. L’enjeu, résume-t-elle, est de protéger les victimes tout en évitant qu’un mineur auteur de violences soit définitivement enfermé dans l’identité de «jeune violent».
Derrière certains actes visibles peuvent en effet se cacher des violences silencieuses. Et derrière un enfant qui fait du mal, il peut parfois y avoir un enfant qui souffre.
















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