Dix ans après les violences ayant marqué le quartier général de Jean Ping à Libreville, Tournons La Page-Gabon (TLP-Gabon) remet le dossier sur la table. La coalition réclame vérité, justice et reconnaissance des victimes, estimant qu’aucune réconciliation durable ne peut se construire sur le silence.

Aperçu des violences survenues au quartier général de Jean Ping, le 31 août 2016.  © D.R.

 

Dix ans ont passé, mais le 31 août 2016 reste une plaie ouverte dans la mémoire politique gabonaise. À l’occasion de ce dixième anniversaire, Tournons La Page-Gabon (TLP-Gabon) refuse l’oubli et interpelle une nouvelle fois sur les violences survenues au quartier général de Jean Ping, au lendemain de la présidentielle de 2016. Morts, blessés, arrestations, disparitions et traumatismes : la coalition estime que cette journée demeure l’une des plus sombres de l’histoire récente du pays.

Pour la coordinatrice nationale de TLP-Gabon, Blanche Simonny Abegue, le temps écoulé ne saurait constituer une raison de tourner définitivement la page. Bien au contraire. «Taire, oublier ou banaliser ces événements, c’est trahir le combat pour la démocratie et l’État de droit», soutient-elle. Celle-ci déplore notamment le poids du deuil et l’absence, selon elle, de réponses apportées aux familles des victimes et aux rescapés.

Qui a donné l’ordre ? C’est l’une des questions centrales posées par TLP-Gabon dix ans après les faits. «Quelles responsabilités ont été établies ? Où sont les corps des victimes ? Quels procès ont été tenus ?», interroge également l’organisation. Autant de questions qui, selon elle, demeurent sans réponses satisfaisantes et empêchent le pays de solder cette séquence douloureuse.

TLP-Gabon réclame l’ouverture d’une enquête 

La coalition hausse ainsi le ton et réclame «l’ouverture de toutes les enquêtes nécessaires», l’accès aux dossiers et que justice soit rendue «sans prescription, sans oubli». Pour TLP-Gabon, la réconciliation nationale ne peut se résumer à des discours ou à la célébration des événements postérieurs. «Il ne peut y avoir de réconciliation nationale durable sans vérité judiciaire», affirme-t-elle.

Au-delà de la revendication judiciaire, TLP-Gabon entend surtout maintenir les victimes dans la mémoire collective. La coalition lance, à cet effet, une campagne baptisée «10 ans, 10 visages», destinée à donner «un nom et une histoire à chaque victime». Elle annonce également qu’elle saisira les instances nationales et internationales afin que ce dossier ne sombre pas dans «l’oubli institutionnel».

Dix ans après, le message de TLP-Gabon se veut donc sans ambiguïté : pas d’oubli, pas d’impunité et pas de réconciliation sans vérité. «NON à l’oubli volontaire de nos martyrs ! NON à l’impunité», martèle la coalition au moment où le pays commémore les 3 ans du «Coup de la Libération» du 30 août 2023. Une position résumée dans sa formule finale : «Tournons La Page ne veut pas dire tourner le dos. Tourner la page, c’est écrire la suite avec vérité, pour que plus jamais cela ne se reproduise».

 
GR
 

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