La Transition terminée, le Gabon doit apprendre à vivre avec une institution incarnée par Brice-Clotaire Oligui Nguéma : le président de la République.

Depuis son élection à la présidence de la République, Brice-Clotaire Oligui Nguéma n’est plus un officier dans la hiérarchie militaire. Chef suprême des forces de défense et de sécurité, il en est désormais le sommet institutionnel. © D.R.

 

Entre tenue de ville formelle, vêtements plus décontractés et uniforme militaire assorti d’insignes, Brice-Clotaire Oligui Nguéma a donné l’impression d’évoluer entre deux mondes, durant la 3ème édition de la Fête de la libération. À Makokou, le président de la République est apparu vêtu comme un officier général d’active. Galons, béret, écusson, fourragère : ses insignes rappelaient une appartenance militaire précise. Comme si son élection à la magistrature suprême ne l’avait pas placé en position de détachement définitif. Comme si sa qualité de chef suprême des forces de défense et de sécurité lui conférait un grade particulier ou le rattachait à un corps ou une unité. Pourtant, il ne se situe plus à un quelconque échelon de la hiérarchie militaire. Il en est le sommet institutionnel. Il définit les grandes orientations, nomme aux plus hautes fonctions et décerne les grades les plus élevés, y compris celui de général d’armée. Son rôle est politique et stratégique. Il commande aux armées, mais ne saurait se fondre dans un corps.

Distinguo

Avant l’élection présidentielle, ce distinguo avait clairement été établi. Le 1er mars 2025, le porte-parole de la présidence de la République avait levé toute ambiguïté. «S’il est élu, il fera une mise à disposition définitive et ne portera plus l’uniforme. S’il n’est pas élu, il retournera dans les casernes comme tout militaire en fonction», avait expliqué Max-Olivier Obame. Dès lors, comment interpréter cette apparition ? Geste symbolique destiné à rendre hommage aux anciens frères d’armes ou à magnifier l’unité entre l’armée et la nation ? Ou encore, persistance du flou entre pouvoir civil et institution militaire ? La question va au-delà du choix d’une tenue. Elle se rapporte aux symboles du pouvoir et, plus largement, à la nature du régime issu de la Transition. Peut-on continuer à entretenir l’image du «général-président» plus d’une année après le retour à l’ordre constitutionnel ? Une telle représentation ne risque-t-elle pas de brouiller l’indispensable frontière entre l’armée et la politique ?

Aux républicains de tous bords, cette image pose une question : même dans le contexte particulier de la Fête de la libération, le président de la République devait-il arborer les signes distinctifs de son ancien statut ? Ancien officier général de la Garde républicaine, Brice-Clotaire Oligui Nguéma est aujourd’hui chef suprême des forces de défense et de sécurité. Il est également grand maître des ordres nationaux. À ce titre, il n’a plus de grade, ne représente plus une arme ou une unité, mais l’ensemble. Il ne commande pas une partie des forces. Il assure la direction suprême de toutes les forces au nom du peuple gabonais. Au-delà, il doit veiller à leur stricte neutralité politique.  Or, en réapparaissant avec des insignes, il a laissé le sentiment d’avoir réintégré son corps et son unité.

Primauté du pouvoir civil sur l’institution militaire

Chef suprême des forces de défense et de sécurité est une fonction civile, politique et stratégique. Cette qualité ne correspond pas à un grade militaire. Elle ne rattache son titulaire à aucun corps particulier, à aucun régiment, à aucune unité. Certes, le président de la République peut toujours exprimer son attachement à la Grande muette et participer à ses cérémonies. Certes, il peut même arborer l’uniforme de son choix. Mais sans signe distinctif. On le voit dans de nombreuses démocraties, notamment aux Etats-Unis et en France. En des occasions particulières, les dirigeants de ces pays arborent des treillis simplifiés. Même Dwight Eisenhower et Charles de De Gaulle n’ont jamais porté d’insignes. «Je suis maintenant le président de tous les Américains, pas seulement des militaires», aimait à dire le premier. «Je commande aux armées en tant que président civil, pas en tant que général», expliquait le second.

Le 12 avril 2025, les Gabonais ont élu un président de la République. Ils ont choisi de tourner la page de la Transition et de réinstaller des institutions civiles. Ce choix n’efface ni le parcours personnel de Brice-Clotaire Oligui Nguéma ni son rôle dans les événements du 30 août 2023. Mais il lui impose une responsabilité nouvelle : rassembler les Gabonais, civils comme militaires, sans privilégier quiconque. La primauté du pouvoir civil sur l’institution militaire ne doit pas seulement être proclamée. Pour ne pas brouiller les repères, il faut s’en souvenir et agir en conséquence. Après le général, président de la Transition, le Gabon doit maintenant vivre avec l’institution président de la République.

 
GR
 

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