Abus sexuels sur mineurs : un fléau qui envahit les tribunaux gabonais
Près de trois dossiers judiciaires sur quatre concerneraient des abus sexuels sur mineurs ou des cas d’inceste, alarme l’association Réconciliation et ses partenaires. À l’occasion de la Journée internationale de l’enfant africain célébrée en différé, cette structure a mené une campagne de sensibilisation aux abus sexuels sur mineurs dans le quartier Kingélé, à Libreville. Face à ce qui est qualifié de fléau, parents et enfants ont été appelés à la vigilance. Cette cation citoyenne plaide pour une réponse collective et institutionnelle.

Claudine Aïsha Tsoumbou, présidente de l’association Réconciliation, en campagne de sensibilisation dans le chaudron de Kinguélé. © GabonReview (capture d’écran)
Fondée en septembre 2023, l’association Réconciliation a choisi le quartier populaire de Kingélé comme cadre de cette action de terrain. Devant des habitants réunis pour l’occasion, les intervenants ont exposé une réalité judiciaire rarement portée sur la place publique, où elle demeure entourée de pudeur et de non-dits.

Un moment de l’opération de l’opération de l’association Réconciliation à Kinguélé. © GabonReview (capture d’écran
«75% des dossiers au tribunal ne parlent que des abus sexuels sur les mineurs ou des cas d’inceste. Je me dis c’est très grave, il est nécessaire que nous en parlions», a martelé Claudine Aïsha Tsoumbou, présidente de l’association Réconciliation relayée par Gabon 1ère. Un chiffre avancé par l’organisation, qu’aucune statistique officielle ne vient à ce jour étayer publiquement, mais qui suffit à dire l’urgence ressentie sur le terrain.
Responsabiliser les parents
La sensibilisation a d’abord ciblé les familles, présentées comme la première ligne de détection. Les animateurs ont insisté sur un constat dérangeant que la mention récurrente de l’inceste rendait inévitable : le danger se loge fréquemment dans le cercle de confiance de l’enfant, là où la vigilance est la plus basse. C’est précisément ce rapport de proximité que la campagne a voulu interroger, en rappelant aux parents que protéger ne se résume pas à nourrir et scolariser.
«Prenez le temps d’écouter les enfants et de vérifier les informations qu’ils donnent. C’est aussi ça la responsabilité parentale, protéger son enfant», a plaidé Claudine Aïsha Tsoumbou. Derrière cet appel, une conviction : le silence et le tabou demeurent les meilleurs alliés de l’agresseur. En instaurant un climat où la parole de l’enfant est entendue plutôt que minimisée, les familles se dotent du premier outil de prévention, accessible et sans coût.
Donner aux enfants les bons réflexes
Les plus jeunes ont également été interpellés, dans un langage adapté à leur âge, sur les comportements à adopter face au danger. La démarche partait d’un principe simple : un enfant averti, capable de nommer une situation anormale et de la refuser, est moins exposé qu’un enfant laissé dans l’ignorance. Les animateurs se sont donc attachés à traduire la prévention en réflexes concrets, mémorisables et reproductibles au quotidien.
«Quand un tonton m’appelle, lorsque ma mère ou mon père n’est pas là, je ne dois pas partir», a témoigné un enfant présent, restituant à sa manière la consigne reçue. Ce type de repère, volontairement élémentaire, vise à donner à l’enfant la légitimité de dire non à un adulte et de signaler ce qui le met mal à l’aise. En armant les plus vulnérables d’une parole, la campagne entendait briser le cycle du silence qui entoure trop souvent ces violences.
Des structures d’accueil rappelées au public
Au-delà de la prévention, les intervenants ont tenu à indiquer la marche à suivre une fois le soupçon installé ou l’abus constaté. Sensibiliser ne suffit pas si les familles ignorent vers qui se tourner : la campagne a donc consacré un temps à rappeler l’existence de recours institutionnels, souvent méconnus du grand public.
«Nous avons au Gabon la Direction générale de la protection de la jeunesse, sous la tutelle du ministère de la Justice, garde des Sceaux, mais également la direction de la protection de l’enfance et de la femme au ministère des Affaires sociales», a précisé Harold Steeve Nzue Nguema Ondo, membre de l’association.
En portant ces dispositifs à la connaissance des habitants de Kingélé, les organisateurs ont cherché à réduire la distance, parfois décourageante, entre la victime et l’institution censée la protéger. Reste que leur efficacité dépendra de leur accessibilité réelle, une fois la mobilisation retombée.















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