Au lendemain de la suspension du procureur général Eddy Narcisse Minang, une société chinoise se retrouve malgré elle au cœur du débat. COVEC-Gabon, entreprise de construction d’infrastructures légalement enregistrée au Gabon, a publié ce 12 juin 2026 un communiqué pour dissocier formellement son litige civil en cours de la procédure disciplinaire engagée contre le magistrat.

COVEC-Gabon s’en défend. Eddy Narcisse Minang, procureur général suspendu, ne dit rien et s’en remet visiblement aux institutions. © Linkedin

 

Dans les heures ayant suivi la révélation de la suspension d’Eddy Narcisse Minang, plusieurs médias gabonais, dont GabonReview, avaient évoqué parmi les éléments déclencheurs de cette procédure «une affaire financière de 4 milliards de francs CFA impliquant des hommes d’affaires chinois». COVEC-Gabon  qui n’a nullement été cité, confirme aujourd’hui que cette mention renvoie bien à un litige civil qui la concerne, tout en réfutant catégoriquement tout lien avec la suspension du procureur général.

Un litige commercial, rien de plus

Les faits, tels que présentés par la société, sont les suivants. COVEC-Gabon entretenait une relation de coopération avec un partenaire local gabonais. Ce partenaire n’ayant pas honoré ses engagements, les deux parties ont conclu un accord de règlement à l’amiable, soldé par le versement du montant convenu. L’affaire semblait close.

Elle ne l’était pas. Le partenaire en question a ultérieurement saisi le tribunal de commerce de Libreville, réclamant, en violation de l’accord signé, des sommes supplémentaires importantes, tant à la société qu’à son directeur général à titre personnel. Dans ce cadre, une saisie conservatoire a été obtenue sur une partie des fonds détenus par COVEC-Gabon auprès de l’UGB. La société a fait appel du jugement défavorable et déposé une plainte pénale pour escroquerie et chantage contre son ancien partenaire.

Un démenti sans ambiguïté

Sur le fond, COVEC-Gabon est catégorique : «Notre société n’a jamais, à aucun moment, sous quelque forme que ce soit, ni par l’intermédiaire d’un tiers, versé de pot-de-vin à M. Minang ou à aucun autre magistrat gabonais.» La société affirme que la suspension du procureur général «n’a aucun lien» avec son litige civil et s’oppose fermement à toute association entre les deux affaires dans le traitement médiatique.

Cette mise au point intervient dans un contexte sensible. La coopération sino-gabonaise, pilier des grands chantiers d’infrastructure du pays, est régulièrement scrutée. COVEC-Gabon, qui rappelle son engagement de longue date dans la construction au Gabon, dit vouloir préserver «un environnement commercial juste, transparent et fondé sur l’état de droit».

Ce que l’affaire Minang retient

La suspension conservatoire d’Eddy Narcisse Minang, non démentie jusqu’ici, reposerait sur plusieurs dossiers distincts. Le communiqué de COVEC-Gabon permet désormais de préciser la nature de l’un d’eux : il ne s’agit pas, ici, d’une affaire de corruption au sens strict. Une nuance que la société chinoise tenait manifestement à établir, autant pour sa réputation que pour la clarté du dossier.

Le communiqué de COVEC-Gabon a le mérite de la clarté : un litige civil est un litige civil, une procédure disciplinaire est une procédure disciplinaire. En prenant publiquement la parole, la société chinoise referme une parenthèse ouverte par la précipitation médiatique, dissipe une confusion, et remet chaque affaire à sa juste place, sans bien entendu clore quoi que ce soit sur le fond.

Pour le reste (la procédure disciplinaire, l’hypothétique Conseil de discipline du 22 juin, l’éventuelle saisine du Conseil supérieur de la Magistrature), il appartiendra aux institutions de statuer, en leur temps et selon leurs règles.

 
GR
 

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