Toute la toile gabonaise parle de cet audit. Mais, qu’en est-il réellement ? Prévu pour cinq ans, le grand projet financé par la Banque africaine de développement (BAD) pour améliorer la formation et l’emploi des jeunes Gabonais en aura finalement duré plus de dix. À quelques mois de sa clôture annoncée pour mars 2027, le bilan reste contrasté : 65 % des activités sont réalisées, 56,2 % du financement BAD a été décaissé, plusieurs objectifs ont été dépassés mais d’autres sont toujours affichés à zéro. Et les marchés continuent d’être passés.

Etudiants en  formation aux métiers du numérique à Nkok. Une illustration de l’enjeu de l’employabilité des jeunes au Gabon, au moment où le projet financé par la BAD approche de sa clôture après dix ans de mise en œuvre. © Laetitia Mebaley/Banque mondiale/GabonReview (montage)

 

Cinq ans étaient prévus. Plus de dix auront finalement été nécessaires. Approuvé le 9 décembre 2016, le Projet de renforcement des capacités pour l’employabilité des jeunes et l’amélioration de la protection sociale (RCEJPS) devait aider le Gabon à mieux former ses jeunes et faciliter leur accès à l’emploi. Sa clôture est aujourd’hui annoncée pour le 31 mars 2027.

Le projet représente un investissement considérable. La BAD a accordé au Gabon un prêt de 84,63 millions d’euros, soit environ 55,5 milliards de FCFA. Avec la participation prévue de l’État gabonais, son coût total avoisine 61,7 milliards de FCFA. Dix ans après, qu’en reste-t-il ?

65 % des activités réalisées

Les données actuellement publiées par la BAD donnent une première réponse. Le taux global de réalisation des activités du RCEJPS est de 65 %.

Sur le plan financier, 40,448 millions d’unités de compte ont été décaissés sur les 71,920 millions engagés par la BAD, soit 56,2 %. En clair, un peu plus de la moitié du financement engagé par la Banque a effectivement été versée.

Attention cependant : les quelque 44 % restants ne correspondent donc ni à de l’argent dépensé ni à de l’argent disparu. Ils représentent la partie du financement BAD qui n’avait pas encore été décaissée au moment de l’actualisation de ces données.

Le programme présente par ailleurs des résultats bien réels. La BAD comptabilise 350 demandeurs d’emploi insérés, pour un objectif initial de 250. Quatre institutions partenaires ont été équipées comme prévu. Et 247 formateurs et agents ont bénéficié de formations, alors que la cible était fixée à 200.

Mais plusieurs compteurs restent à zéro

Le tableau devient plus surprenant lorsqu’on examine d’autres objectifs. Le projet prévoyait notamment l’élaboration ou la révision de 80 programmes de formation intégrant l’entrepreneuriat et les techniques de recherche d’emploi. La valeur renseignée par la BAD est actuellement de zéro.

Même résultat pour 50 jeunes incubés qui devaient recevoir un financement : zéro. Trente promoteurs d’entreprises devaient également être financés : zéro. La formation de 80 activités génératrices de revenus et PME/TPE affiche elle aussi zéro.

Ces chiffres nécessitent néanmoins une précaution. Ils correspondent aux données actuellement renseignées dans le système de suivi de la BAD. Un zéro peut traduire une activité non réalisée, mais aussi une information qui n’a pas encore été actualisée. Il serait donc excessif d’en conclure que rien n’a été fait sur le terrain.

En 2026, les achats continuent

Un fait montre en revanche que le projet est loin d’appartenir au passé. Le 24 avril 2026, un appel d’offres international était encore lancé pour acheter des équipements et du mobilier destinés aux centres de formation professionnelle, aux lycées techniques et aux écoles de santé concernés par le RCEJPS.

Près de dix ans après l’approbation du prêt, une partie des équipements prévus est donc encore en cours d’acquisition. Et les comptes vont bientôt être examinés.

Un avis daté du 6 août 2026 prévoit le recrutement d’un cabinet chargé d’auditer les états financiers du projet pour 2026 et le premier trimestre 2027. Le cabinet devra également contrôler les marchés passés dans le cadre du RCEJPS.

Ce contrôle arrive après des difficultés déjà relevées par la BAD. Dans son Document de stratégie pays 2023-2028 pour le Gabon, la Banque indiquait que les audits 2020 et 2021 du RCEJPS n’avaient pas été remis dans les délais prévus.

À l’approche de mars 2027, le futur audit ne dira donc pas seulement si les comptes et les marchés sont réguliers. Le bilan final devra surtout permettre de répondre à une question beaucoup plus concrète : après plus de dix ans de programme, combien de jeunes Gabonais auront réellement trouvé une formation, un emploi ou créé une activité grâce à ces 55,5 milliards de FCFA mobilisés par la BAD ?

 
GR
 

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