Des années de délestages, un Sud du pays en manque chronique d’électricité, et un potentiel hydroélectrique exploité à seulement 15 % : le Gabon n’a plus le luxe de tergiverser. En approuvant le recours à la procédure d’entente directe avec la société Hydronéo pour le financement, la construction et l’exploitation des barrages d’Irouba et d’Egoumbi, le Conseil des ministres du 22 mai 2026 a posé un acte concret dans un secteur où les annonces ont trop souvent précédé les désillusions. 54,5 MW supplémentaires sur le réseau du Sud, c’est modeste au regard des besoins, mais c’est réel. À condition, cette fois, que les barrages soient effectivement construits.

Sur les rivières du Sud gabonais, les barrages d’Irouba et d’Egoumbi doivent apporter 54,5 MW supplémentaires à un réseau électrique à bout de souffle. © GabonReview / Illustration IA

 

Hydronéo n’est pas un inconnu dans le paysage énergétique gabonais. Producteur Indépendant d’Électricité d’origine française, actif au Rwanda et au Burundi, il porte au Gabon un portefeuille de trois projets : Irouba (25 MW), Egoumbi (30 MW) et Boukondzo (26 MW), pour une capacité totale de 81 MW. Deux mois avant le Conseil des ministres du 22 mai 2026, la Société financière internationale (IFC), bras financier de la Banque mondiale pour le secteur privé, et Hydronéo avaient déjà formalisé un accord sur le développement du projet d’Irouba : un partenariat qui confère à l’opérateur une caution de bancabilité internationale qui tranche avec les montages plus opaques du passé.

Le pays n’exploite actuellement que 15 % de son potentiel hydroélectrique estimé à 6 000 MW. Le déficit est structurel. Les délestages récurrents affectent aussi bien les ménages que les entreprises, en particulier dans le sud du pays où les besoins énergétiques liés aux activités minières et agricoles sont croissants.

Entente directe : urgence ou opacité ?

La question de la procédure mérite d’être posée clairement. Contrairement à un appel d’offres qui ouvre la compétition entre plusieurs acteurs, l’entente directe permet à l’État de choisir un opérateur sans mise en concurrence. Elle se justifie dans deux cas : urgence avérée, ou monopole technique de fait. Ici, les deux arguments tiennent. Hydronéo est déjà sur le terrain : études engagées, partenariat IFC formalisé, sites identifiés. Aucun autre opérateur ne peut livrer ces deux ouvrages dans des délais comparables. L’entente directe n’est donc pas un cadeau fait à une société étrangère. C’est le constat pragmatique qu’elle est, à ce stade, la seule en mesure d’avancer vite.

Ce précédent n’est d’ailleurs pas isolé. En 2022, le Conseil des ministres avait déjà approuvé une entente directe avec la CODER pour les barrages de Fé2 et de l’Impératrice Eugénie, des projets qui, à ce jour, ne sont toujours pas livrés. Ce cycle de promesses récurrentes sans livraison vérifiable a progressivement érodé la crédibilité des annonces sectorielles, y compris auprès des partenaires techniques et financiers. Irouba et Egoumbi devront faire mentir cet historique.

 

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