Biens mal acquis : Dieudonné Minlama révèle les trois décisions d’Omar Bongo avant sa mort
Alors que l’affaire des «biens mal acquis» entre dans une phase judiciaire décisive en France, Dieudonné Minlama Mintogo exhume un épisode jusqu’ici méconnu. Selon l’ancien candidat à la présidentielle, Omar Bongo Ondimba aurait accepté que l’enquête se poursuive et envisagé de restituer à l’État gabonais une partie des biens qui lui étaient attribués. La maladie, puis sa mort en juin 2009, auraient interrompu ce projet.

Dieudonné Minlama Mintogo exhume le projet de restitution des biens qu’Omar Bongo n’aurait pas eu le temps de mener à terme. GabonReview (montage)
Dans une communication rendue publique ce 24 septembre, Dieudonné Minlama Mintogo raconte les démarches qu’il affirme avoir entreprises au début de l’affaire. Ancien président de l’Observatoire national de la démocratie (OND), candidat à la présidentielle de 2016 et aujourd’hui président d’Ensemble pour la République, il présente ce témoignage comme sa «part de vérité». Son récit met en scène Marc Ona Essangui, alors engagé dans la dénonciation des biens présumés mal acquis, le général Samuel Mbaye, alors président du Conseil national de sécurité (CNS), et Omar Bongo lui-même.
Des menaces contre Marc Ona à la rencontre avec Omar Bongo
Minlama Mintogo affirme être intervenu au moment où des menaces pesaient sur Marc Ona Essangui. En raison de son «excellente relation» avec le général Samuel Mbaye, il dit s’être rapproché de celui-ci pour solliciter la protection de l’activiste. Le premier échange aurait été particulièrement tendu : «Les mots étaient durs, la colère vivace et les perspectives sombres.»
La discussion aurait cependant infléchi la position du responsable de la politique de sécurité de l’État. Selon Dieudonné Minlama Mintogo, le général Mbaye décida de «suspendre toutes les menaces qui pesaient sur Marc Ona», avant d’accepter de le rencontrer.
Au cours de cette entrevue, Marc Ona aurait apporté des éclaircissements sur l’affaire et remis au général un rapport d’enquête de la préfecture de police de Paris. Muni de ce document, Samuel Mbaye aurait ensuite conduit Minlama Mintogo auprès du chef de l’État afin de lui présenter les enjeux du dossier.
C’est à ce moment qu’Omar Bongo aurait fait une déclaration particulièrement sensible. Après avoir examiné le rapport, il aurait affirmé «ne pas être au courant de l’existence de plusieurs biens qui lui ont été attribués». La communication ne précise cependant ni les propriétés concernées ni les circonstances dans lesquelles elles auraient été rattachées à son patrimoine.
Protéger Marc Ona, laisser enquêter et inventorier les biens
Dieudonné Minlama Mintogo attribue au président trois décisions. La première consistait à «assurer la protection de Marc Ona Essangui». La deuxième était de «laisser la procédure judiciaire prospérer», autrement dit de ne pas chercher à entraver l’enquête engagée en France.
La troisième allait potentiellement beaucoup plus loin : mettre en place une commission indépendante, dirigée par Marc Ona, afin d’identifier l’ensemble des biens d’Omar Bongo, en Europe comme sur les autres continents.
À en croire Minlama Mintogo, il ne s’agissait pas seulement d’établir un inventaire. «La volonté du président Omar Bongo Ondimba était claire : restituer une bonne partie de ces biens à l’État gabonais !», assure-t-il. Le projet n’aurait toutefois pas dépassé ce stade. «La maladie et la mort n’ont plus permis […] de finaliser ce projet.»
Marc Ona Essangui étant toujours vivant, son propre témoignage pourrait désormais confirmer, préciser ou nuancer cet épisode, notamment la rencontre avec Samuel Mbaye et le rôle qui lui aurait été confié dans la commission envisagée.
Le tournant qui n’a pas eu lieu
Si elle avait vu le jour, cette commission aurait pu clarifier la frontière entre patrimoine personnel, avoirs détenus par des proches et biens susceptibles d’appartenir à l’État. Une restitution volontaire aurait aussi permis au Gabon de prendre l’initiative, bien avant sa constitution comme partie civile dans la procédure française.
Il demeure impossible de savoir jusqu’où Omar Bongo serait allé, ni quelles résistances un tel inventaire aurait rencontrées. Cette réserve ne disqualifie pas le témoignage de Minlama Mintogo. Elle en fixe la portée : le récit d’une volonté présidentielle qui, faute de temps, n’aurait jamais été transformée en acte institutionnel.
Le Parquet national financier demande aujourd’hui le renvoi de 23 personnes devant le tribunal correctionnel, tandis que l’État gabonais réclame la confiscation et la restitution des avoirs saisis. Le projet attribué à Omar Bongo rejoint donc, dans sa finalité, la position désormais défendue par Libreville. Il fait également écho, dans une certaine mesure, à l’appel lancé par Ali Bongo au respect de la mémoire de son père : il présente l’ancien président non comme un homme décidé à étouffer l’affaire, mais comme un dirigeant qui aurait choisi d’en tirer les conséquences.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.