Confidences de Libreville : succession à l’UDB, fronde au PDG, et Mborantsuo en pompier de service
Ce qui se trame en ce moment dans les arrière-cours du pouvoir gabonais a tout d’une partie d’échecs à haut risque. Brice Clotaire Oligui Nguema y avance ses pièces : à l’UDB, il s’apprêterait à sacrifier Mays Mouissi, jugé trop pâle, au profit d’Eloi Nzondo ou de Brice Laccruche Alihanga, stratège qui a transformé le Haut-Ogooué en bastion électoral ; au PDG, il dépêche Marie-Madeleine Mborantsuo en émissaire vers un parti fissuré, où les hommes d’Ali Bongo, Yves Fernand Manfoumbi, Ali Akbar Onanga Y’Obegue et Christian Bongo, refusent désormais de se laisser dompter.

Succession à l’UDB, fronde au PDG : le chef de l’État manœuvre entre ses deux appuis à un mois d’un juillet décisif. © GabonReview (Photomontage)
Dans le huis clos des états-majors, une même fébrilité gagne l’Union démocratique des bâtisseurs et le Parti démocratique gabonais. À quelques semaines de deux congrès décisifs, le président de la République s’emploie à resserrer son emprise sur ses deux principaux relais partisans. La lettre confidentielle Africa Intelligence lève un coin du voile sur des manœuvres aussi feutrées que déterminantes.
Officiellement, l’agenda présidentiel est tourné vers l’international : le 20 juillet, Brice Clotaire Oligui Nguema sera reçu à Paris par Emmanuel Macron, pour une visite d’État appelée à sceller le réchauffement franco-gabonais. Mais c’est sur le front intérieur que se jouera, en réalité, l’essentiel. Avant de prendre l’avion, le chef de l’État devra arbitrer deux séquences partisanes dont l’issue conditionne la solidité de son socle politique.
Entre la recomposition annoncée de l’UDB et la fronde qui sourd au PDG, le calendrier de juillet ressemble à un défilé d’écueils. Décryptage de ce qui se trame, loin des projecteurs.
À l’UDB, une succession sous haute surveillance
Le congrès extraordinaire de l’Union démocratique des bâtisseurs, convoqué du 4 au 6 juillet à Libreville, doit déboucher sur la désignation d’un nouveau secrétaire général. En cause, selon Africa Intelligence, un Mays Mouissi qui «peine à animer le mouvement». Le ministre du Logement paierait ainsi son ‘’incapacité’’ à insuffler une dynamique à une formation encore en quête d’identité.
Pour lui succéder, un nom revient avec insistance dans le premier cercle présidentiel : celui d’Eloi Nzondo, premier vice-président de l’Assemblée nationale. Ce Nzébi de Mimongo, ancien cadre du PDG, ferait figure de «favori parmi une dizaine de personnalités de l’UDB». Africa Intelligence cite également, parmi les prétendants, Brice Laccruche Alihanga, naguère «tout-puissant directeur du cabinet présidentiel d’Ali Bongo de 2017 à 2019», aujourd’hui patron de l’UDB dans le Haut-Ogooué, membre du Conseil stratégique national du parti présidentiel et de retour en grâce à Libreville. Symbole, s’il en fallait, de la porosité des trajectoires dans le microcosme politique gabonais.
Brice Laccruche, selon le commentaire d’un membre de l’UDB interrogé par GabonReview, a «démontré son leadership à l’AJEV par la création durable d’une association et des actions concrètes. Son retour politique réussi avec l’UDB, où il a transformé le Haut-Ogooué en bastion électoral, prouve son aptitude à animer un parti. Sa capacité de mobilisation, son entregent et sa vision stratégique sont confirmés par les résultats électoraux». Brice Clotaire Oligui Nguema tranchera.
Au PDG, la fronde des fidèles d’Ali Bongo
Le mois de juillet réserve un autre rendez-vous explosif. L’ancien parti hégémonique, exsangue, devra se choisir une nouvelle direction politique. Et là encore, la main du Palais se devine : Oligui Nguema, qui suit de très près l’évolution de la formation, entendrait «le dompter en l’insérant dans la mouvance présidentielle», croit savoir Africa Intelligence.
L’opération s’annonce périlleuse. Nombre de cadres PDGistes estiment que leur camp «s’est fait léser lors des dernières élections législatives et sénatoriales», au bénéfice de l’UDB. Les fidèles d’Ali Bongo, jamais tout à fait sortis du jeu, haussent le ton. D’anciens ministres comme Yves Fernand Manfoumbi et Ali Akbar Onanga Y’Obegue, mais aussi Christian Bongo, demi-frère de l’ancien président, qui «se prévaut de l’appui de son autre demi-frère, Omar-Denis Junior Bongo», petit-fils de Denis Sassou-Nguesso : la liste des contestataires en dit long sur la résilience du clan.
Plus déstabilisant encore, ces cadres réclament le passage dans l’opposition et «exigent désormais un vote direct des militants lors du congrès». Une revendication frontale, qui menace de faire dérailler le scénario écrit en haut lieu et de transformer le rendez-vous de juillet en tribune pour les nostalgiques de l’ère Bongo.
Mborantsuo, l’émissaire de la dernière chance
Pour désamorcer la fronde, le chef de l’État aurait abattu une carte maîtresse. Selon Africa Intelligence, il a «discrètement mandaté» l’ex-présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo, figure incontournable du Haut-Ogooué, afin de renouer le fil avec les barons et les frondeurs du parti. À ce stade, le retour sur investissement demeure maigre : la démarche reste «sans résultat pour le moment».
Reste à savoir si le maillage d’influence patiemment tissé par le pouvoir suffira à contenir les ardeurs centrifuges. Entre une UDB qu’il faut structurer et un PDG qu’il faut apprivoiser sans le briser, Oligui Nguema avance sur une ligne de crête. Juillet dira si le président tient fermement ses deux ailes, ou si l’une d’elles commence déjà à battre pour son propre compte.















1 Commentaire
À mon sens, cet article gagnerait à distinguer plus clairement les faits établis des hypothèses politiques. Certains éléments rapportés peuvent effectivement nourrir l’analyse, notamment lorsqu’ils sont attribués à Africa Intelligence. Mais l’ensemble repose aussi sur beaucoup de formulations prudentes et spéculatives.
Le passage sur Brice Laccruche Alihanga en est un bon exemple. Le membre de l’UDB interrogé donne surtout une appréciation personnelle favorable de son leadership, de sa capacité de mobilisation et de son retour politique. Cela peut indiquer l’existence d’un courant favorable à son profil, mais cela ne constitue pas, en soi, une information déterminante sur l’éventualité de son positionnement à la tête de l’UDB par Oligui Nguema, qui en est le président.
L’article semble avancer davantage des hypothèses et des interprétations que des faits clairement vérifiables. Il peut donc nourrir le débat, certes, mais il demeure à mes yeux plus spéculatif que factuel.