Débat public : Des idées et du respect
Face aux outrances de certains activistes, il faut concilier la verticalité nécessaire à la décision publique avec l’horizontalité des réseaux sociaux.

Entre la verticalité des institutions et l’horizontalité des réseaux sociaux, le défi est désormais de faire vivre un débat public où l’autorité n’étouffe pas la parole et où la liberté ne dispense pas du respect. © GabonReview (montage)
Les condamnations et l’indignation sont légitime, tant les propos sont intolérables. Personne ne gagne à banaliser l’insulte dans l’espace public. Nul n’a intérêt à minimiser la portée des invectives lancées contre les dépositaires de l’autorité publique. Même si ces méthodes furent abondamment utilisées contre le régime déchu, on ne saurait s’en accommoder. Quand bien même elles ont permis à certains de se tailler une réputation ou de se frayer un chemin, il faut les dénoncer. Sans se lasser, il faut le rappeler : l’injure publique est un délit, sévèrement réprimée par le Code pénal. Elle est passible d’une peine de prison assortie d’une amende. Quant à l’outrage envers le président de la République, il constitue une infraction aggravée, punie de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende pouvant atteindre 5 millions de francs CFA.
Opinions simplistes
La semaine dernière, au nom d’une curieuse compréhension de la liberté d’expression, un activiste a déversé des tombereaux d’injures sur le président de la République. On est gêné en y faisant référence. On peine à trouver les mots pour qualifier cette séquence. Pourtant, ion ne peut faire comme si elle n’avait jamais eu lieu. Nécessairement, il faut en parler. Que dire, alors ? Deux choses. D’abord, cet incident n’a véhiculé aucune idée. Ensuite, il constitue le summum de l’irrespect envers les institutions. Or, dans le débat public, on attaque les idées, pas les personnes. On écoute pour comprendre, pas seulement pour répondre. Par-dessus tout, on cherche à faire éclore la vérité, pas à sortir vainqueur. Encore moins à rabaisser, discréditer ou humilier. C’est encore plus vrai quand on s’adresse à des personnalités investies par le suffrage universel.
Le débat public ne saurait être pollué par la transgression de la morale. Il faut, par conséquent, remettre les idées et le respect au centre du débat. Faute d’arguments, nombre d’activistes numériques sombrent dans l’outrance. Ne disposant pas d’éléments intelligibles, vérifiés et vérifiables, ils optent pour l’attaque ad hominem. Mais leur attitude tient aussi à une cause plus profonde : la nature même des réseaux sociaux. Comme le relève le Conseil d’Etat français, «en raison de leur fonctionnement horizontal (…), de leur instantanéité et de leur globalisation, (…) ils ont profondément modifié le débat public». Concrètement, leurs «fonctionnalités (…) facilitent ou exacerbent des comportements malveillants ou haineux, la diffusion (…) de fausses informations à des fins politiques ou de propagande». Après tout, les algorithmes privilégient les opinions simplistes et charriant les émotions. La nuance et la complexité, elles, génèrent peu de clics.
Chacun à son lieu d’affectation
A travers le monde, l’influence des réseaux sociaux sur le débat public et la démocratie fait ainsi l’objet de nombreux travaux. Pour de nombreux chercheurs, l’architecture de ces plateformes, conçues avant tout comme des vitrines publicitaires, se prête mal aux délibérations politiques apaisées. Régulièrement, des institutions s’interrogent sur les moyens de les réguler, afin de préserver la liberté d’expression tout en élevant la qualité du débat démocratique. Les événements de ces derniers jours en ont offert, de manière à la fois brutale et choquante, une démonstration supplémentaire. Comment y remédier ? Certains scientifiques plaident pour une refonte des architectures techniques et modèles économiques de ces intermédiaires d’un genre nouveau. Le Gabon en a-t-il les moyens ? Sans doute pas à ce jour. Mais il peut agir là où il dispose de leviers. D’abord, en réduisant l’influence des réseaux sociaux sur la vie publique. Ensuite, en tenant compte de leur horizontalité sans renoncer à la verticalité dans les relations entre gouvernants et gouvernés. Cela suppose de redonner aux médias traditionnels toute leur place dans la communication officielle, de mettre en place des cellules de veille numérique et de renforcer les instruments de la démocratie participative.
Sur tous ces points, des idées concrètes existent. Mais il faut commencer par revenir à l’esprit de nos institutions. Il faut aussi compléter la pyramide législative et adapter les structures publiques à la lettre de la Constitution du 19 décembre 2024. Le pays doit faire corps avec ses dirigeants, certes. Mais il doit aussi se monter exigeant avec chacun, notamment sur le plan éthique. Au lieu de se satisfaire du buzz médiatique ou de commenter les initiatives d’activistes numériques, chacun doit être invité à faire son travail, à son lieu d’affectation. A cette condition seulement, il sera possible de concilier la verticalité nécessaire à la décision publique avec l’horizontalité des réseaux sociaux. Peut-être évitera-t-on ainsi de nouveaux dérapages, peu glorieux pour leurs auteurs et pour l’ensemble de la communauté nationale.
Réseaux sociaux et débat public au Gabon















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