8 780 milliards de FCFA. C’est ce que doit aujourd’hui le Gabon, soit 1 647 milliards de plus en une seule année. Mais le plus frappant n’est pas le montant : pour la première fois de son histoire, l’État doit plus d’argent aux banques d’ici et de la sous-région qu’aux grands créanciers étrangers. Explications en français simple, pour que chacun comprenne ce que le pays doit, à qui, et pourquoi.

Pour la première fois, l’État gabonais doit plus d’argent aux banques et prêteurs de la zone CEMAC qu’aux créanciers internationaux. © GabonReview / Shutterstock

 

Pour bien comprendre, il faut savoir qu’il existe deux types de dette. La dette extérieure, c’est l’argent que le Gabon doit aux pays étrangers, aux grandes banques internationales et aux institutions comme la Banque mondiale. La dette intérieure, c’est l’argent que l’État doit aux banques locales, aux entreprises du pays et aux investisseurs de la zone CEMAC (Cameroun, Congo, Tchad, Centrafrique, Guinée équatoriale et Gabon).

En 2025, la dette extérieure a légèrement baissé : elle est passée à 4 127,6 milliards de FCFA. Mais la dette intérieure a explosé : elle a grimpé de près de 57 % en un an, pour atteindre 4 652,7 milliards. C’est donc chez nous, et chez nos voisins, que l’État trouve maintenant l’essentiel de son argent.

Pourquoi la dette a-t-elle autant augmenté ?

La DGD donne deux explications. Première raison : la Task Force sur la dette, mise en place par les autorités, a vérifié et reconnu officiellement de vieilles dettes de l’État envers des entreprises et des fournisseurs. Ces dettes, appelées «moratoires», existaient déjà, mais elles n’étaient pas comptées. Maintenant qu’elles sont validées, elles apparaissent dans les chiffres : 758,7 milliards de FCFA. La dette semble donc grossir, mais en réalité, c’est surtout la vérité qui sort au grand jour.

Deuxième raison : l’État a beaucoup emprunté sur le marché financier régional, c’est-à-dire auprès des banques et des investisseurs de la zone CEMAC. En 2025, il y a récolté 2 161,7 milliards de FCFA. Fait marquant : plus de la moitié de cet argent vient de banques installées hors du Gabon, dans les pays voisins. Ce sont donc en grande partie les banques de la sous-région qui font tourner les caisses de l’État gabonais.

L’État paie beaucoup, mais des retards s’accumulent

En 2025, l’État a remboursé des sommes record : 2 565,4 milliards de FCFA au total. Il a même payé bien plus que prévu au départ, notamment à cause d’opérations spéciales comme le rachat de certaines dettes et l’opération MOUELE menée en mars, qui ont permis de réorganiser une partie des remboursements.

Mais au fait, qu’est-ce que l’opération MOUELE ? C’est une opération financière bouclée fin avril 2025, par laquelle l’État a réorganisé le remboursement de sa dette intérieure. Près de 80 % de cette dette devait être payée entre 2025 et 2027, une charge trop lourde. L’État a donc négocié avec les banques pour étaler les remboursements : la durée moyenne est passée de 2,3 ans à 6 ans, comme une famille qui rallonge son crédit pour alléger ses mensualités. Attention toutefois : étaler une dette ne veut pas dire l’effacer. L’État paiera toujours, mais plus tard et de façon plus supportable.

Malgré les gros paiements indiqués plus haut, l’État n’arrive pas à payer tout le monde à temps. Les retards de paiement, appelés «arriérés», atteignent 459,5 milliards de FCFA, soit 193 milliards de plus qu’à fin 2024. L’État choisit ses priorités : il rembourse sans faute les grands prêteurs internationaux, pour garder leur confiance. Mais des pays partenaires attendent 155 milliards, des fournisseurs étrangers 121,4 milliards, et même des dettes moratoires pourtant validées par la Task Force accusent 131,3 milliards de retard. En clair : l’État n’a jamais autant remboursé, mais l’argent disponible ne suffit toujours pas à couvrir tout ce qu’il doit.

Les chiffres clés de la dette publique du Gabon au 31 décembre 2025. © GabonReview, d’après les données de la Direction générale de la dette

 

 

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GR
 

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