Dette publique : le marché financier régional, nouveau banquier du Gabon
Un chiffre résume à lui seul le nouveau visage de la dette publique gabonaise : 3 449,9 milliards de FCFA. C’est l’encours que l’État doit désormais au marché financier régional, soit près de 40 % de sa dette totale, selon la situation d’exécution arrêtée au 31 décembre 2025 par la Direction générale de la dette (DGD). En un an, les levées sur ce marché ont atteint 2 161,7 milliards de FCFA. Les banques et investisseurs de la zone CEMAC sont devenus le premier guichet du Trésor gabonais, devant les créanciers internationaux traditionnels.

La BEAC organise le marché des titres publics par lequel les banques de la CEMAC financent désormais l’essentiel de la dette intérieure du Gabon. © D.R.
Le marché financier régional est le lieu où l’État emprunte de l’argent auprès des banques et des investisseurs des six pays de la CEMAC, en échange de titres de dette qu’il s’engage à rembourser avec intérêts. C’est devenu, de loin, le principal canal de financement du Trésor gabonais : sur les 2 851,3 milliards de FCFA empruntés en 2025, tous types d’emprunts confondus, 2 211,7 milliards viennent de ce marché intérieur et régional, contre seulement 639,6 milliards obtenus à l’étranger, c’est-à-dire hors de lasous-région. L’essentiel de cette somme, 1 806,8 milliards de FCFA, prend la forme d’Obligations du Trésor assimilables (OTA), des titres remboursables à moyen terme que l’État émet régulièrement pour se financer.
Des banques de la sous-région au chevet du Trésor
Un détail de la situation publiée par la DGD mérite un arrêt sur image. Sur les 1 806,8 milliards d’OTA levées en 2025, 1 079,1 milliards ont été souscrites par des Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) extérieurs, contre 727,7 milliards pour les SVT intérieurs. En clair, ce sont majoritairement des banques installées hors du Gabon, dans les pays voisins de la CEMAC, qui financent aujourd’hui le fonctionnement courant de l’État gabonais.
Cette dépendance régionale a une contrepartie que l’État semble avoir pleinement intégrée : aucun arriéré n’est enregistré sur le marché financier régional, tout comme sur l’eurobond international. La logique est la même dans les deux cas. Un incident de paiement sur ce marché fermerait immédiatement l’accès à la principale source de financement de l’État, à un moment où les autres canaux, notamment extérieurs, se réduisent.
Un risque d’éviction pour l’économie réelle
Ce recours massif au marché régional n’est pas sans conséquence pour le reste de l’économie. Chaque franc CFA prêté à l’État par les banques de la CEMAC est un franc qui ne finance pas un projet d’entreprise, un crédit immobilier ou un investissement privé. Les économistes appellent ce phénomène l’éviction : plus l’État emprunte sur le marché régional, moins il reste de liquidité disponible, à des conditions attractives, pour les acteurs économiques privés.
Le risque existe aussi du côté des banques elles-mêmes. Une banque prudente répartit normalement son argent entre plusieurs emprunteurs, pour ne pas tout perdre si l’un d’eux ne rembourse pas. Mais ici, plusieurs banques de la sous-région ont prêté des sommes considérables à un seul et même emprunteur, l’État gabonais, et à travers lui, à un seul pays. C’est ce qu’on appelle une concentration du risque : au lieu d’être partagé entre plusieurs débiteurs, le risque repose sur les épaules d’un seul. Si le Trésor gabonais rencontrait un jour de sérieuses difficultés de remboursement, ce sont ces mêmes banques régionales, et donc l’épargne et les dépôts de leurs propres clients, qui en subiraient les conséquences.















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.