Bon payeur à Londres, mauvais payeur à domicile : il y a les créanciers qu’on ne fait jamais attendre, et les autres. En 2025, l’État gabonais a remboursé des sommes record, 2 565,4 milliards de FCFA, sans le moindre retard envers les détenteurs de son eurobond. Dans le même temps, ses arriérés ont bondi de 72 % pour atteindre 459,5 milliards, sur le dos des partenaires bilatéraux, des fournisseurs étrangers et des entreprises locales. Les chiffres de la Direction générale de la dette dessinent une hiérarchie assumée : la signature internationale d’abord, les autres ensuite.

459,5 milliards de FCFA d’échéances non honorées au 31 décembre 2025 : le tampon que redoutent les créanciers de l’État. © Illustration générée par IA GabonReview

 

Le détail livré par la DGD est éloquent. Sur le stock total, 233,3 milliards de FCFA concernent les échéances de l’année 2025 elle-même, et 226,3 milliards des échéances antérieures qui continuent de traîner. Autrement dit, l’État n’accumule pas seulement du retard sur ses vieux dossiers : il en génère de nouveaux au fil des mois, malgré des règlements records.

Ce paradoxe s’explique par l’ampleur du service exigible. Avec un service réalisé de 2 758,5 milliards de FCFA en 2025, dépassant de plus de 1 100 milliards la prévision initiale du fait des opérations de reprofilage, la trésorerie publique a fonctionné à flux tendu toute l’année. Dans ces conditions, payer tout le monde relevait de l’impossible. Restait donc à choisir qui payer en priorité.

L’eurobond sanctuarisé, les partenaires bilatéraux en attente

Le choix de l’État apparaît clairement dans les chiffres : pas un seul franc d’arriéré n’est enregistré sur le marché financier international. Les détenteurs de l’eurobond gabonais ont été intégralement payés, 267,1 milliards de FCFA d’échéances honorées dans l’année. Une discipline qui se comprend : un défaut, même partiel, sur cette dette de marché dégraderait immédiatement la note souveraine du pays et fermerait l’accès aux financements internationaux.

Les autres créanciers extérieurs n’ont pas eu ce traitement. Les partenaires bilatéraux, c’est-à-dire les États qui ont prêté au Gabon, cumulent 155 milliards de FCFA d’impayés, dont 86,7 milliards sur des échéances antérieures à 2025. Les créanciers commerciaux étrangers, fournisseurs et prêteurs privés, attendent pour leur part 121,4 milliards. Seules les institutions multilatérales, Banque mondiale ou BAD notamment, limitent la casse avec 40,6 milliards d’arriérés. Cette sélectivité pourrait avoir un coût diplomatique et commercial : des partenaires qui ne sont pas payés finissent par durcir leurs conditions, voire par suspendre leurs décaissements sur les projets en cours.

Les moratoires, promesse fragilisée

Sur le front intérieur, c’est la dette moratoire qui concentre l’essentiel des impayés : 131,3 milliards de FCFA d’arriérés, dont 86,7 milliards sur les seules échéances de 2025. Or ces dettes sont précisément celles que la Task Force sur la dette intérieure et extérieure a auditées et validées, avant leur prise en charge par la DGD. Des créanciers, souvent des entreprises locales, qui pensaient voir enfin le bout du tunnel après des années d’attente, découvrent que la validation de leur créance ne garantit pas encore son paiement à bonne date.

Le reste des arriérés intérieurs demeure contenu : 10,5 milliards de FCFA sur les dettes bancaires et moins d’un milliard envers la BVMAC. Le marché financier régional, devenu le premier guichet de l’État, est lui aussi préservé, pour les mêmes raisons que l’eurobond : c’est de lui que dépend le financement courant du Trésor. Au final, la carte des impayés dessine en creux les priorités de l’État : protéger sa signature là où il doit encore emprunter, et faire patienter ceux dont il n’attend plus d’argent frais. Une stratégie de trésorerie compréhensible à court terme, mais qui, si elle se prolongeait, pourrait éroder la confiance des fournisseurs et des partenaires dont l’économie réelle a besoin.

 
GR
 

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