Devises, villas et dépenses sans justificatifs : les 23 milliards de la DGDI (CEDOC)
Une seule audience, quatre arrêts et plus de 23 milliards de FCFA mis en débet. Dans son Recueil des décisions et avis des juridictions financières, la Cour des comptes dévoile l’ampleur des irrégularités retenues dans la gestion de la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI – communément appelée CEDOC) entre 2005 et 2013. Achats de devises, versements bancaires et acquisitions immobilières : les décisions sont détaillées, mais leur exécution reste dans l’ombre.

Achats de devises, opérations par chèques et acquisitions immobilières : quatre arrêts de la Cour des comptes ont mis plus de 23 milliards de FCFA à la charge d’anciens responsables de la DGDI. © GabonReview
Le chiffre dormait dans les 384 pages du recueil. Quatre arrêts rendus le 6 février 2018 font apparaître plus de 23 milliards de FCFA de débets liés à la gestion de la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI), entre 2005 et 2013. Les décisions concernent deux anciens directeurs généraux, Michel Andjembé et Mondjo Boukila, ainsi que Lucien Deveau, présenté comme conseiller financier de l’organisme.
Un débet est une somme que la Cour met à la charge d’une personne qu’elle estime financièrement responsable d’opérations irrégulières ou insuffisamment justifiées. Il ne s’agit pas automatiquement d’une condamnation pénale pour détournement. Dans le cas de la DGDI, les quatre décisions portent sur des opérations différentes, ce qui permet d’en additionner les montants, sous réserve d’éventuels jugements ultérieurs absents du recueil.
Quatre décisions, plus de 23 milliards
Le dossier le plus lourd concerne Mondjo Boukila et Lucien Deveau. La Cour les a déclarés solidairement débiteurs de 18,242 milliards de FCFA. Les documents qu’ils avaient produits n’ont pas été jugés suffisants pour justifier les opérations examinées, tandis que les dépenses présentées n’ont pas été reconnues comme répondant à un objectif d’intérêt public. Chacun a également reçu une amende de 30 millions.
Michel Andjembé et Lucien Deveau apparaissent ensemble dans deux autres décisions. La première porte sur 3,332 milliards de FCFA, après correction d’un montant initial de 3,502 milliards qui comportait une erreur matérielle. La seconde concerne neuf achats de devises, évalués au départ à 141,263 millions. La Cour a admis 37,167 millions comme dépenses d’utilité publique, mais a laissé à leur charge le solde de 104,096 millions. Des amendes individuelles ont également été prononcées dans les deux affaires.
Le quatrième arrêt concerne Michel Andjembé seul. Le débet de 1,408 milliard de FCFA comprend 1,058 milliard correspondant à 61 opérations par chèques dont les justificatifs ont été jugés insuffisants. Il intègre également l’acquisition de six villas aux Jardins de Mikolongo, à Okala, pour 249,529 millions, et de quatre propriétés à Makana, à Franceville, pour 100 millions.
La Cour a estimé que l’achat de ces propriétés ne relevait pas des missions de la DGDI. L’organisme est notamment chargé du renseignement, de l’immigration et de la protection des hautes personnalités. Michel Andjembé a, dans ce dossier, été condamné à une amende supplémentaire de 30 millions.
Des décisions rendues, mais quel argent récupéré ?
Additionnés, les quatre arrêts représentent exactement 23 086 364 660 FCFA (donc plus de 23 milliards de FCFA) de débets et 164 millions d’amendes. Ces chiffres montrent ce que la Cour a décidé en 2018, mais pas ce que l’État a encaissé depuis. Le recueil ne précise pas si les sommes ont été payées, partiellement recouvrées, contestées ou modifiées par des procédures postérieures.
Il ne permet pas davantage de savoir si ces 23 milliards sont encore compris dans les 1 700 milliards de FCFA que la Cour des comptes affirme devoir recouvrer. Pour le déterminer, il faudrait un bilan nominatif établi par la juridiction financière ou le parquet général.
Huit ans après les arrêts, la question n’est donc plus seulement de savoir ce qui a été reproché aux anciens responsables de la DGDI, mais ce que le Trésor public a réellement récupéré. Sans cette réponse, les décisions sont publiques, les montants sont connus, mais leur résultat financier demeure invisible.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.