Chaque jour sans décision, le Gabon perd près d’un milliard de FCFA du fait des défaillances de son système d’eau potable. Pourtant, la crise de l’eau n’est pas un mystère technique. Les solutions existent, les financements sont disponibles, le potentiel hydrique du pays est immense. Ce qui manque, c’est autre chose, et c’est là que le vrai problème commence.

Au Gabon, les canalisations existent. L’eau, beaucoup moins. © Illustration IA / GabonReview

 

Lors d’une récente réunion au palais présidentiel réunissant les responsables de la SEEG et du groupe Suez, une explication a circulé pour justifier les difficultés d’acheminement de l’eau à Libreville : la pression d’Archimède. Le principe physique gouvernant la flottaison des corps, convoqué pour expliquer les défaillances d’un réseau hydraulique urbain. Les ingénieurs savent que le transport de l’eau dans une canalisation obéit à des lois de pression et de débit, pas à la poussée d’Archimède. Cet épisode, aussi anecdotique qu’il paraisse, dit quelque chose d’essentiel sur la nature réelle du blocage.

Le pays perd entre 254 et 376 milliards de FCFA par an du fait de cette crise, soit 2 à 3 % du PIB national, l’équivalent du budget de la santé. Dix-huit mille décès en dix mois en 2025, dont une proportion significative liée à l’eau. Quarante-huit pour cent de l’eau produite par la SEEG disparaît avant d’être facturée. Ces chiffres sont connus. Ce qui l’est moins, c’est pourquoi ils persistent.

Réhabiliter sans produire : une impasse annoncée

Le partenariat conclu avec Suez porte essentiellement sur la réhabilitation des réseaux de distribution existants. C’est nécessaire. Ce n’est pas suffisant. Un réseau rénové sans capacité de production adéquate reste un réseau vide, une infrastructure qui distribue l’insuffisance avec plus d’efficacité. Or c’est précisément ce glissement, confondre distribution et production, qui semble structurer la réponse publique à la crise. Traiter le contenant en ignorant le contenu.

Selon une note stratégique de KCI Gabon, un programme intégré de 300 milliards de francs CFA sur cinq ans générerait 1 200 milliards d’économies tous secteurs confondus, un retour sur investissement de 4 pour 1. Le scénario minimum, 30 forages d’urgence pour 18 milliards, permettrait déjà un impact visible à douze mois.

Un pays riche en eau qui meurt de soif

Le paradoxe est en effet brutal : le Gabon dispose d’un potentiel hydrique estimé à 170 milliards de m³ par an. Moins de 40 % de la population rurale a accès à l’eau potable. Des solutions modulaires de production, déployables rapidement sans endettement de l’État, existent et sont documentées. Les études sont faites, les financements structurés. Ce qui manque n’est ni l’argent, ni la technologie, ni la volonté affichée du président de la République.

Ce qui manque, c’est la capacité à traduire une priorité politique en exécution technique compétente. L’anecdote d’Archimède n’est pas un détail : elle est le symptôme d’un déficit de maîtrise qui coûte au pays un milliard de FCFA chaque jour. La question n’est plus de savoir quoi faire. Elle est de savoir qui, vraiment, sait comment le faire.

 
GR
 

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