Eramet vacille, les rapaces tournent : le manganèse gabonais vaut-il plus que le Gabon ne croit ?
Quand un tiktokeur déshabille la bataille géopolitique que Libreville feint de maîtriser. «Sans le manganèse gabonais, Eramet se retrouverait dans la difficulté», assène-t-il. Le créateur de contenu gabonais établi en France a remis le couvert. SW Decrypte s’attaque cette fois au séisme Eramet : 477 millions d’euros de pertes, un PDG éjecté, une recapitalisation dans l’urgence et trois puissances qui se disputent l’accès au manganèse de Moanda. Là où les communiqués officiels parlent de «cap historique», le tiktokeur pose la seule question qui vaille : «Le Gabon a-t-il les moyens de consentir à un tel investissement ?»

À Moanda, le manganèse qui fait courir Paris, Washington et Abou Dhabi. © RFI
Le tableau qu’il dresse n’a rien d’exagéré. Eramet a subi une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, contre un bénéfice de 14 millions l’année précédente. Son patron, Paulo Castellari, a été révoqué moins de dix mois après son arrivée. Et pour renflouer un bilan où l’endettement net aurait bondi à 1,9 milliard d’euros, le groupe doit lever 500 millions d’euros, soit quelque 328 milliards de FCFA. Le partenaire historique de l’État gabonais entre ainsi en zone de turbulences au moment précis où Libreville prétend rééquilibrer la relation à son avantage.
«Tout le monde veut rentrer au capital» : la ruée des puissances

SW Decrypte : «Ce qui intéresse Washington et Abu Dhabi, ce n’est pas Eramet en lui-même, c’est l’accès aux minerais gabonais.» © X (ex-Twitter)
«Et soudain, tout le monde veut rentrer au capital d’Eramet. Pourquoi maintenant ?», interroge SW Decrypte. La réponse, il la donne sans détour : «Ce qui intéresse Washington et Abu Dhabi, ce n’est pas Eramet en lui-même, c’est l’accès aux minerais gabonais.» Les faits lui donnent raison. La famille Duval, qui détient 37 % du capital et 45 % des droits de vote depuis près de trente ans, envisagerait de céder ses parts et a mandaté la banque Lazard. Dans la brèche s’engouffre Orion CMC, fonds adossé à l’agence fédérale américaine DFC et au fonds souverain ADQ d’Abou Dhabi.
Là réside tout le paradoxe du moment. Le manganèse de Moanda, longtemps réduit à une rente d’exportation, devient un actif géostratégique que les puissances veulent sécuriser face à la domination chinoise sur les minerais critiques. Le tiktokeur identifie d’ailleurs le vrai atout de Libreville : «L’État gabonais ne manque pas de levier de pression ou de joker dans sa manche. Il détient plus de 29 % du capital de Comilog.» De fait, le Gabon concentre 40 % du chiffre d’affaires ajusté d’Eramet. Encore faudra-t-il transformer cette position de force en stratégie, là où le «cap historique» annoncé puis aussitôt retiré du site de la présidence trahit plutôt l’improvisation.
L’ambition de 2029, ou le mur énergétique
C’est sur la transformation locale que l’analyse fait le plus mouche. Oligui Nguema a posé sa ligne rouge : «Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas.» Slogan imparable, mais SW Decrypte rappelle l’obstacle que personne n’aime nommer : «Aujourd’hui, Eramet transforme le manganèse à Dunkerque. Elle profite d’un coût de l’électricité issue du nucléaire quasiment imbattable.»
Or «le Gabon connaît un déficit énergétique important», poursuit-il. Le pays qui n’éclaire pas toujours ses propres foyers prétend alimenter l’une des métallurgies les plus énergivores qui soit. Transformer le minerai à Moanda supposerait barrages, centrales et subventions qui se chiffrent «en dizaines voire centaines de milliards de francs CFA». D’où sa question : «Les nouveaux actionnaires accepteront-ils de consentir à des investissements aussi importants ?» Rien n’est moins sûr : un repreneur émirati ou américain, mû par la sécurisation de son approvisionnement, n’a aucun intérêt spontané à financer une usine déficitaire plutôt qu’à exporter le minerai brut.
Le diagnostic dépasse SW Decrypte et atterrit sur le bureau présidentiel. Car le dossier s’invitera à l’Élysée le 20 juillet, date confirmée de la visite d’État d’Oligui Nguema en France. «Les autorités gabonaises devront manœuvrer intelligemment dans ce dossier hypersensible», conclut le tiktokeur. Entre l’urgence financière d’Eramet, les visées de Washington et les leviers de Paris, le Gabon tient une carte rare. Reste à savoir si l’exécutif a, lui, la partition.















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