Fabrice Andjoua, 8,6 milliards CFA, 43 biens immobiliers : la fortune de Dubaï que Libreville n’a pas vue
Quarante-trois biens immobiliers à Dubaï, près de 15 millions de dollars, soit quelque 8,6 milliards de francs CFA, acquis entre 2020 et 2023 : c’est le patrimoine que l’enquête OpenLux, menée par l’OCCRP et Le Monde et publiée ce 24 juin 2026, attribue à Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo, fils d’Omar Bongo et de l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle Marie-Madeleine Mborantsuo. Le tout pendant qu’il dirigeait la Direction générale du Budget et des Finances publiques du Gabon, fonction dont la grille salariale plafonnait, selon les enquêteurs, autour de 1 900 dollars (un peu plus de 1 million de FCFA) par mois. Une instruction judiciaire vient d’être ouverte au Luxembourg.

Après trois années d’acquisitions, de 2020 à 2023, Dubaï est le terminus du patrimoine de 8,6 milliards de FCFA de Fabrice Andjoua, fils de Mborantsuo et Omar Bongo. © Montage GabonReview
Le détail des biens revient à l’OCCRP et au Monde, qui se sont appuyés sur le registre luxembourgeois des sociétés et sur des données immobilières émiraties. Reste une question que l’énumération des appartements laisse entière : comment un tel patrimoine a-t-il pu se constituer à l’étranger, pendant l’exercice de hautes fonctions budgétaires, sans qu’aucun dispositif de contrôle gabonais ne s’en émeuve ?
Un patrimoine qui se serait constitué pendant la gestion du Budget
Selon l’enquête, Fabrice Andjoua aurait figuré comme propriétaire de 43 biens à Dubaï, tous acquis entre 2020 et 2023, pour un total avoisinant 15 millions de dollars (environ 8,6 milliards de francs CFA). Vingt-huit de ces appartements se trouveraient dans une même tour du quartier de Meydan. Il en détiendrait encore une dizaine au mois de mai, après en avoir revendu une partie. L’OCCRP relève que ces acquisitions coïncident avec la période durant laquelle l’intéressé dirigeait le Budget de l’État.
Le contraste, mis en avant par les enquêteurs, tient à un décret de 2015 cité par leurs soins : selon ce barème de rémunération, le salaire le plus élevé, celui d’un agent totalisant trente ans d’ancienneté, n’atteindrait que l’équivalent d’environ 1 900 dollars par mois, soit près de 1,1 million de francs CFA. Un plafond sans commune mesure avec les sommes investies dans l’immobilier.
Les journalistes signalent par ailleurs une instruction judiciaire ouverte au Luxembourg en mai, visant M. Andjoua et un associé, pour des soupçons de faux, blanchiment, fraude fiscale aggravée et inscriptions inexactes au registre des bénéficiaires effectifs. Sollicité, l’intéressé n’aurait pas répondu.
L’angle mort des contrôles
C’est ici que se loge la véritable question d’intérêt national. Si les faits rapportés se vérifient, ils interrogent moins un homme qu’une chaîne de contrôle : déclaration de patrimoine des hauts responsables, vigilance de l’Inspection générale d’État, travail de la Cour des comptes. Comment un directeur général du Budget aurait-il pu constituer un tel portefeuille à l’étranger sans qu’aucun de ces dispositifs ne s’en émeuve ? La réponse, quelle qu’elle soit, dit quelque chose de l’état réel de la redevabilité publique au Gabon.
Cette interrogation s’inscrit dans un contexte que l’OCCRP rappelle avec prudence. En France, huit demi-frères et sœurs de M. Andjoua sont mis en examen dans le dossier dit des «biens mal acquis», né d’une plainte déposée en 2008 par Sherpa, Transparency International et Survie, et le Parquet national financier (PNF) instruit depuis 2014 une procédure visant Mme Mborantsuo pour blanchiment aggravé. Le PNF précise toutefois que Fabrice Andjoua n’est mis en cause dans aucune de ces deux affaires françaises. Cette distinction mérite d’être posée nettement, par souci d’exactitude autant que de prudence.
La récupération des avoirs, test pour les nouvelles autorités
Au fond, OpenLux replace sur la table un chantier que les autorités gabonaises disent vouloir mener : celui de la moralisation de la vie publique et de la récupération des avoirs. L’enquête vient de l’extérieur, à partir de registres européens et émiratis. La capacité de Libreville à s’en saisir, ou non, constituera un indicateur concret de la volonté affichée de rompre avec les pratiques anciennes.
Plusieurs leviers existent, de l’entraide judiciaire internationale à la saisie d’avoirs, en passant par un réexamen des mécanismes de déclaration de patrimoine. Reste à savoir lesquels seront actionnés. À toutes fins utiles, on rappellera que M. Andjoua avait été démis en septembre 2025 de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, après des critiques sur une gestion à distance depuis Dubaï. La suite appartient désormais aux institutions.
Sources : OCCRP et Le Monde, projet OpenLux, 24 juin 2026 ; parquet du Luxembourg ; Parquet national financier (France) ; Sherpa, Transparency International, Survie ; Banque mondiale.















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.