Le Président de la République a instruit le ministre de l’Économie de mettre en place, dans les meilleurs délais, un cadre juridique plafonnant les rémunérations des dirigeants des établissements publics, sociétés d’État et sociétés d’économie mixte. Une décision réclamée depuis des années par l’opinion, qui touche à l’un des symboles les plus tenaces des dérives de la gouvernance publique gabonaise. Sa portée réelle dépendra de ce que le texte annoncé contiendra.

Sur instruction du Président de la République, le Conseil des ministres du 22 mai engage la fin des rémunérations excessives dans les entreprises publiques. © GbonReview /Illustration IA

 

Le diagnostic posé par le Chef de l’État est sans détour : les rémunérations des dirigeants d’entités publiques contribuent à alourdir les charges salariales de l’État de manière disproportionnée. La formulation du communiqué final du Conseil des ministres, «l’expansivité de ce poste de charges», dit, en langage administratif, ce que la rue dit depuis longtemps plus crûment. Dans un pays où le budget rectificatif 2026 enregistre une masse salariale globale de 958,6 milliards de francs CFA, la question de l’équité interne de la fonction publique est posée avec une acuité particulière.

La mesure vise un périmètre large : établissements publics, sociétés d’État, sociétés d’économie mixte. Autant dire que quasiment aucune entité à capitaux publics n’y échappe, des régies sectorielles aux grandes sociétés nationales dont certains directeurs généraux perçoivent des rémunérations sans commune mesure avec les grilles de la fonction publique.

Une annonce politique, un chantier technique

L’instruction présidentielle est claire. Mais le diable, comme toujours, sera dans les détails du texte juridique à venir. Faut-il un plafond unique ou des grilles différenciées par type d’entité et niveau de responsabilité ? Comment éviter que la mesure ne décourage des profils compétents au profit du secteur privé ou des organisations internationales ? Ces questions ne sont pas rhétoriques : plusieurs pays africains ayant tenté des réformes similaires, dont le Sénégal avec son décret sur les émoluments des dirigeants d’entreprises publiques, ont dû les affiner après coup pour en corriger les effets pervers.

La référence au benchmarking, évoquée par ailleurs dans le même Conseil des ministres à propos des finances publiques, devrait logiquement s’appliquer aussi à ce chantier. Le modèle marocain, notamment, offre une architecture éprouvée fondée sur des plafonds indexés au niveau de responsabilité et au chiffre d’affaires des entités concernées.

Ce que la mesure dit du moment politique

Au-delà de sa portée technique, cette décision envoie un signal. Dans un contexte de rigueur budgétaire assumée, le Président de la République choisit de faire porter une part visible de l’effort d’ajustement par les élites administratives plutôt que par les seuls ménages. C’est un choix politique fort, cohérent avec le discours de refondation de l’État.

Il reste à s’assurer que l’exécution sera à la hauteur de l’annonce, et que le texte ne souffrira pas des délais et exceptions qui ont, par le passé, vidé de leur substance bien des réformes similaires.

 
GR
 

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