Ce qui semblait être une quête désespérée pour retrouver une personne disparue a finalement pris une tournure judiciaire inattendue, à Libreville. Épiphanie Diele Maganga, dont l’avis de recherche a enflammé les réseaux sociaux, le week-end dernier, est désormais poursuivie par la Police judiciaire (PJ) pour trouble à l’ordre public. Bien que retrouvée saine et sauve, la jeune femme doit maintenant répondre devant la justice au regard de l’importante mobilisation des forces de sécurité et de l’émoi national provoqués par son «isolement volontaire».

Épiphanie Diele Maganga poursuivie pour «trouble à l’ordre public» après sa disparition volontaire. © Gabon 24/Capture d’écran

 

Le 26 décembre dernier, l’alerte est donnée. Injoignable, l’absente d’Épiphanie Diele Maganga de son domicile a suscité une inquiétude immédiate chez ses proches, encore traumatisés par de récents drames nationaux. En quelques heures, les créateurs de contenus et les internautes ont massivement relayé son signalement, forçant ainsi les unités de police à engager des moyens de recherche conséquents.

Pourtant, la réalité était tout autre. Selon des sources concordantes, après avoir déposé des médicaments pour sa fille au quartier PK 13, elle a choisi de passer la nuit chez un ami, à Alibandeng. Le lendemain, elle s’est rendue à la Sablière pour «faire le vide», éteignant volontairement son téléphone et demandant à son entourage de ne pas révéler sa présence.

Son acte est justifié par un besoin profond d’isolement face à un sentiment d’incompréhension. « Je suis partie de chez mon ami à 8 h sans lui dire où j’allais», a-t-elle dit, précisant qu’elle a expressément dit à ce dernier de ne pas s’inquiéter de son silence et de ne pas révéler qu’elle était passée chez lui, car selon elle, elle allait bien physiquement. Mais psychologiquement, elle était éprouvée.

La justice face au « trouble à l’ordre public »

Si l’issue est heureuse sur le plan humain, les autorités ne comptent pas clore le dossier si facilement. L’ampleur de la panique générée et l’utilisation des ressources de l’État pour une disparition qui s’est avérée être un choix personnel ont conduit la PJ à retenir la charge de trouble à l’ordre public.  C’est l’interpellation de son ami, soupçonné dans un premier temps par les enquêteurs, qui a poussé Épiphanie à sortir de son silence. En apprenant que son protecteur était entre les mains de la police, elle s’est finalement manifestée. «C’est pour cette raison que je me retrouve ici», a-t-elle déclaré lors de ses explications, après avoir constaté l’ampleur du dispositif policier déployé.

La jeune femme ne ressort donc pas libre de cette affaire. Épiphanie Diele Maganga sera prochainement présentée devant le procureur de la République. Son audition visera à déterminer sa responsabilité pénale dans l’agitation sociale causée par son acte.

Dans le même temps, cette affaire pose un précédent important sur la responsabilité individuelle lors de disparitions volontaires, rappelant que si le mal-être psychologique est une réalité, le déclenchement de l’appareil sécuritaire et l’alerte publique peuvent entraîner des conséquences.

Thécia Nyomba

 

 
GR
 

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