Gabon-Guinée équatoriale : accord signé à Addis Abeba pour l’application de l’arrêt de la CIJ
Le Gabon et la Guinée équatoriale ont signé, ce mardi 28 juillet 2026, un «Accord d’engagement conjoint» pour appliquer l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de justice (CIJ) dans l’affaire des îles Mbanié, Cocotiers et Conga. Sans revenir sur la souveraineté déjà tranchée en faveur de Malabo, le texte fixe la marche à suivre : démarcation des frontières, mécanismes de suivi et poursuite du dialogue entre les deux pays.

Poignée de main entre Siméon Oyono Esono Angue et Dieudonné Aba’a Owono, sous le regard du président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, après la signature de l’Accord d’engagement conjoint, ce mardi 28 juillet 2026 à Addis Abeba. © D.R.
Le Gabon et la Guinée équatoriale ont franchi, ce 28 juillet 2026, une étape décisive dans le règlement de leur plus vieux contentieux diplomatique. La cérémonie s’est tenue au siège de l’Union africaine, en marge de la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’organisation panafricaine. Pour rappel, la CIJ avait reconnu à la Guinée équatoriale un titre juridiquement fondé sur les trois îles, en sa qualité d’État successeur de l’Espagne. La Cour avait, en revanche, rejeté l’argument gabonais fondé sur la «Convention de Bata» de 1974.
Plus d’un an de médiation
Entre l’arrêt de la CIJ et la signature de ce mardi, une médiation continentale minutieuse s’est déployée sous l’égide de l’Union africaine. Dès le 4 juin 2025, à l’occasion d’une visite d’État à Malabo, les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avaient acté la création d’un comité conjoint d’experts chargé de trouver une solution fraternelle et définitive. Une deuxième réunion bilatérale, tenue à Libreville en octobre 2025, avait permis de dégager un consensus encourageant sur plusieurs aspects de la mise en œuvre de l’arrêt.
Le 14 février 2026, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, avait facilité une rencontre à Addis Abeba entre les deux chefs d’État, en présence de représentants de l’Angola, du Burundi et des Nations unies. Un mois plus tard, Albert Shingiro, ancien ministre burundais des Affaires étrangères, a été nommé envoyé spécial de l’UA pour accompagner les deux pays dans l’application concrète de la décision judiciaire. Ses navettes diplomatiques entre Libreville et Malabo, dont une audience avec le président gabonais début juillet, ont permis de lever les derniers points de friction, notamment sur la délimitation des espaces maritimes adjacents.
Une signature à haute portée symbolique
Le texte a été paraphé par le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Siméon Oyono Esono Angue, et par le président de la Cour constitutionnelle gabonaise, Dieudonné Aba’a Owono. Le ministre équato-guinéen a salué la responsabilité historique des deux États, ayant su exécuter une décision judiciaire internationale avec sérénité et bonne foi. Le représentant gabonais a, pour sa part, souligné un acte de confiance mutuelle et un engagement politique fort pour la paix en Afrique centrale.
Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a salué cet accord comme une illustration de l’unité continentale. L’ambassadeur burundais Édouard Bizimana, président du Conseil exécutif, a de son côté félicité la maturité politique des deux nations, ayant choisi le dialogue à la confrontation.
Ce que change réellement l’accord
Cet accord conjoint ne revient pas sur la souveraineté des trois îles, déjà attribuée à la Guinée équatoriale par la CIJ. Il ne rouvre donc pas le débat sur ce point. Ce que fixe le texte, c’est la méthode à suivre pour appliquer concrètement l’arrêt : les deux pays doivent encore achever la démarcation de leur frontière terrestre, puis délimiter les zones maritimes qui restent en suspens. L’accord met également en place des mécanismes conjoints chargés de suivre l’avancement de ces travaux, et prévoit la poursuite d’un dialogue technique régulier entre les délégations gabonaise et équato-guinéenne.
Devant le Parlement gabonais, en juin dernier, le président Oligui Nguema avait résumé la position de Libreville, le Gabon ayant pris acte du contenu de l’arrêt et se disant totalement disposé à l’appliquer, dans l’intérêt de la paix et des deux peuples.
La suite du processus reposera sur les mécanismes de suivi prévus par l’accord, l’objectif étant d’achever la démarcation effective sur le terrain et de sceller, dans la durée, la réconciliation frontalière entre les deux «Républiques sœurs» d’Afrique centrale.















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