L’animateur, le diplôme et le procès en illégitimité. Nommé fin juin 2026 à la tête du Groupe Gabon Télévision par le Conseil des ministres, Régis Massimba a essuyé une bordée de commentaires lui déniant le «profil» requis. Derrière la querelle du diplôme et de la carte de presse, c’est en réalité une certaine idée de la légitimité qui se joue. Et sur ce terrain, les procureurs des réseaux sociaux pourraient bien plaider à contre-emploi.

«Quizz Maste» hier, capitaine de l’audiovisuel public aujourd’hui : Régis Massimba face au plus grand quizz de sa carrière. © GabonReview (Illustration générée par IA)

 

La scène est désormais rituelle : une nomination tombe, les réseaux sociaux s’embrasent. Cette fois, la vindicte s’est abattue sur le «Quizz Master Régis», trente ans de métier, des émissions cultes de «Bat Power Show» à «Ça se passe ici» en passant par «School Quizz» et «La Fièvre du samedi soir». L’homme que l’on renvoie à un costume d’amuseur public a pourtant marqué de son empreinte trois décennies de télévision gabonaise, de la radio Africa n°1 aux plateaux de TéléAfrica.

Bien plus qu’un showman

Mais réduire Régis Massimba à sa silhouette de showman relève de la myopie, sinon de la mauvaise foi. Car l’animateur s’est doublé, au fil des années, d’un cadre et d’un gestionnaire : directeur des programmes de TéléAfrica, où il a appris le pilotage de grille, le management d’équipes et la stratégie de contenus, puis président du conseil d’administration de l’Institut gabonais de l’Image et du Son (IGIS) à partir de 2021, fonction qui l’a installé dans les circuits de gouvernance des politiques culturelles et médiatiques. Le tout adossé à une formation supérieure, études d’anglais et MBA exécutif, que ses contempteurs passent commodément sous silence. On lui oppose pourtant, avec un aplomb confondant, son «incompétence». Curieux réquisitoire, qui confond le parchemin avec le savoir-faire et la carte de presse avec la capacité à diriger une entreprise.

Car de quoi Régis Massimba est-il le nom ? D’abord d’un malentendu gabonais tenace : celui qui réduit la compétence au diplôme et la légitimité à la cooptation corporatiste. Ensuite, et surtout, d’une hypothèse que le pays gagnerait à prendre au sérieux : celle du praticien promu, de l’homme de la maison porté à sa tête.

Le précédent Silvio Santos

L’histoire mondiale de la télévision plaide pour l’audace. Oprah Winfrey, reine du talk-show, a fondé et redressé sa propre chaîne, OWN, aujourd’hui rentable et influente. Silvio Santos, animateur vedette brésilien, a bâti en 1981 le réseau SBT, durablement installé comme deuxième chaîne du pays, cumulant des décennies durant l’antenne et la direction générale. En France, Emmanuel Chain, créateur de «Capital», a pris avec succès les rênes de l’information de M6. Le passage du plateau au fauteuil de dirigeant n’a donc rien d’une hérésie : il est une trajectoire éprouvée.

Ces réussites partagent un dénominateur commun : la connaissance intime du public, des grilles, des équipes et des coulisses. Précisément ce que trois décennies dans l’audiovisuel gabonais ont donné à Régis Massimba, là où tant de hauts fonctionnaires parachutés ont administré la télévision publique comme une préfecture, avec les résultats d’audience que l’on connaît.

Le seul juge de paix : les résultats

Reste l’essentiel, que ses détracteurs comme ses laudateurs feraient bien d’admettre : un animateur qui réussit à la tête d’un média est celui qui change de métier. Il devra troquer le micro contre les arbitrages budgétaires, la complicité du public contre la négociation avec les producteurs, le charisme de plateau contre la conduite d’une réforme structurelle. C’est là que se jouera son mandat, dans la professionnalisation de la rédaction, la transformation numérique et la reconquête de la crédibilité de l’information publique.

De quoi Régis Massimba est-il le nom, en définitive ? D’un pari raisonnable et, osons-le, prometteur. À ceux qui instruisent son procès avant l’ouverture des débats, on rappellera qu’un dirigeant se juge sur pièces. Rendez-vous dans dix-huit mois au moins, devant l’écran.

 
GR
 

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