[Immigration] Le grand écart gabonais : l’étranger bienvenu, la frontière verrouillée
Une enquête Afrobarometer révèle un grand écart dans le rapport des Gabonais à l’immigration. Ils se montrent très ouverts envers les étrangers pris individuellement, mais nettement plus réservés dès qu’il s’agit d’ouvrir les frontières à l’échelle régionale. Un contraste qui interroge l’avenir des politiques de libre circulation portées par la CEEAC.

Le poste-frontière de Kabala, entre le Gabon et la République du Congo. Si les Gabonais se disent ouverts aux étrangers, la libre circulation régionale reste, elle, un sujet de méfiance. © GabonReview (capture d’écran)
L’enquête Afrobarometer Round 10 a été menée par le Partenaire national CERGEP auprès de 1.200 adultes gabonais, en avril et mai 2024. Ses résultats ont une marge d’erreur de +/-3 points de pourcentage, avec un niveau de confiance de 95%.
Le contraste révélé par cette enquête mérite d’être expliqué. D’un côté, les Gabonais accueillent bien les étrangers dans leur vie quotidienne. De l’autre, ils restent méfiants envers les règles ayant vocation à faciliter les déplacements entre pays voisins.
Un bon accueil pour les personnes venues d’ailleurs
Les chiffres sur l’accueil des étrangers sont clairs. 77% des personnes interrogées disent aimer ou accepter les immigrants économiques comme voisins. Ce taux atteint 75% pour les réfugiés. Ces deux groupes sont pourtant souvent associés, dans les discussions publiques, à des problèmes sociaux ou sécuritaires.
Cette bonne disposition se confirme aussi sur le plan économique. 23% des Gabonais pensent que les travailleurs étrangers ont un effet positif sur l’économie. 17% acceptent leur présence autant qu’avant, voire plus. Ces chiffres restent modestes en soi. Mais associés à l’acceptation générale très forte, ils montrent une opinion publique plutôt favorable à la présence des étrangers au Gabon.
La difficulté d’ouvrir les frontières régionales
Ce même public se montre bien plus prudent quand il s’agit d’ouvrir les frontières à l’échelle régionale. Seuls 40% soutiennent la libre circulation des Centrafricains. Pourtant, la Centrafrique est un pays voisin et un partenaire du Gabon au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. Et seulement 19% des Gabonais trouvent facile de traverser les frontières du pays. Ce chiffre pose directement la question de l’application du protocole de libre circulation de la CEEAC.
Cet écart entre les deux résultats n’est pas vraiment une contradiction. Il montre que les Gabonais font une différence entre la personne étrangère, jugée individuellement, et le système administratif ou juridique ayant pour but d’organiser son arrivée. Ce second aspect est perçu comme une source possible de désordre ou de perte de contrôle.
Une leçon importante pour les politiques migratoires régionales
Ce résultat invite à revoir le discours souvent tenu sur l’intégration régionale avec la Centrafrique. La libre circulation est présentée par les institutions régionales comme un objectif partagé par tous. Mais elle se heurte, en réalité, à de vraies réticences au sein même des populations censées en profiter.
Pour le Gabon, pays ayant accueilli depuis longtemps de nombreuses communautés étrangères, ce grand écart entre la tolérance envers les personnes et la méfiance envers les institutions est un signal important. Il rappelle une chose simple : l’adhésion aux grands principes d’intégration régionale ne se décide pas seulement lors des sommets diplomatiques. Elle se construit, ou se fragilise, au contact des réalités vécues aux frontières par les populations elles-mêmes.















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