L’État a justifié la création de la Gabonaise des Jeux par une ambition claire : mettre fin à l’opacité d’un secteur longtemps jugé incontrôlable. Un mois après, la nouvelle société publique a tenu son premier conseil d’administration sans publier le moindre chiffre. Rien d’illégal ni d’inhabituel en soi, mais un premier test pour une entreprise dont la raison d’être est justement de rendre le secteur plus lisible.

La mission de la Gabonaise des Jeux tient en trois mots : exploiter, surveiller, agréger. Reste à savoir ce qu’ils recouvrent concrètement en chiffres. © Linkedin/la-gabonaise-des-jeux

 

L’État attend près de 1,3 milliard de FCFA de recettes en 2026 grâce à la taxe qu’il prélève sur les paris et jeux de hasard. Ce chiffre, public, figure dans la loi de finances. Celui des comptes de la Gabonaise des Jeux (GDJ), en revanche, n’a pas encore été communiqué.

Premier conseil d’administration pour la GDJ, jeune société publique chargée de reprendre le contrôle du secteur des jeux de hasard au Gabon. © Linkedin/la-gabonaise-des-jeux

Le 7 août dernier, la GDJ a tenu son tout premier conseil d’administration. Plan stratégique, budgets et règlement intérieur ont été adoptés : la société dispose désormais de tous les outils pour démarrer ses activités. Qu’aucun montant n’ait filtré à ce stade n’a, en soi, rien d’exceptionnel pour une entreprise qui vient de se doter de ses instances. Reste que l’attente sera d’autant plus forte que la GDJ a été présentée comme l’instrument même de la transparence promise.

Quand l’État avait perdu la trace de l’argent des jeux

Il y a un an, le constat du gouvernement était sévère. Les autorités évoquaient un secteur sans surveillance réelle, des opérateurs illégaux et des sommes d’argent difficiles à tracer. Une entreprise, e-Tech, avait alors été chargée de centraliser les transactions de jeux, afin de mieux les suivre et de mieux les taxer, sans pour autant gêner les entreprises déjà en activité, assurait-on alors.

Quelques mois plus tard, changement de cap. Fin décembre 2025, à l’issue d’un Conseil des ministres, l’État décide de reprendre directement la main sur le secteur et crée la GDJ. Les opérateurs privés continuent d’exister, mais évoluent désormais sous le contrôle de cette nouvelle entreprise publique. Derrière la réorganisation institutionnelle, un objectif assumé : mieux suivre l’argent qui circule dans le secteur.

Un marché encore largement invisible

Le montant que l’État espère encaisser en 2026 grâce à la taxe sur les jeux ne renseigne que sur une chose : la partie déclarée et déjà connue du secteur. Il ne dit rien du volume réel des sommes misées au Gabon, ni de ce qui échappe encore aux circuits officiels.

C’est précisément ce que l’État reproche au secteur depuis le départ : des opérateurs non déclarés, des flux difficiles à suivre. La création de la GDJ devait permettre d’y voir plus clair. À ce stade, cette clarté annoncée reste à démontrer, davantage qu’à condamner.

Le monopole peut-il dire qui joue, et combien ?

Un appel à candidatures a été lancé pour choisir les opérateurs autorisés à poursuivre leurs activités sous ce nouveau régime. Plusieurs questions restent pour l’instant sans réponse publique : quelles entreprises ont finalement été retenues ? Quel est le coût d’une licence ? Quelle part de leurs revenus les opérateurs reversent-ils à l’État via la GDJ ?

Même interrogation du côté d’e-Tech, chargé depuis le départ de centraliser les paris. Quel est son rôle exact aujourd’hui, aux côtés de la GDJ ? Est-il déjà en mesure d’établir le volume consolidé des sommes misées au Gabon ? Ces éléments, une fois connus, permettront de mesurer concrètement les effets de la réforme.

Le président du conseil d’administration, Bonjean Mbandza, rattache la naissance de la GDJ à la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema. «La tenue de ce conseil est l’aboutissement de la vision du président de la République», affirme-t-il sur LinkedIn, estimant que la détermination présidentielle à faire des jeux de hasard «une question de souveraineté nationale» participe d’une réappropriation plus large de l’économie gabonaise par les Gabonais eux-mêmes.

Le directeur général, Roméo Fabrice Nguema Ondo, va plus loin : la GDJ incarne, selon lui, «les ambitions d’un État fort et souverain». Le défi est désormais de «créer de la valeur» et de démontrer que les Gabonais peuvent reprendre avec succès un pan entier de leur économie, pour en faire «un véritable fleuron national».

L’ambition affichée est claire. Reste à la traduire en résultats vérifiables : moins d’opérateurs clandestins, davantage de flux tracés, davantage de recettes pour l’État. Publier ses budgets, la liste des opérateurs autorisés, le prix des licences et le montant réel des sommes misées au Gabon constituerait, dans la durée, la meilleure démonstration de cette ambition. Pour l’instant, l’État ne dispose que d’une estimation partielle du marché. Reste à savoir combien d’argent circule réellement, et quelle part rejoindra effectivement les caisses publiques.

 
GR
 

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