Avant que le Gabon ne découvre les clips, les réseaux sociaux ou les grandes tournées africaines, il y avait Jimmy Ondo. Avec son allure de Rock star, ses influences venues d’Europe et d’Amérique et son goût assumé pour la modernité, il fut l’un des premiers artistes gabonais à bousculer les codes. Décédé ce lundi 3 août à l’hôpital canadien d’Oyem, il laisse derrière lui bien plus qu’un répertoire : un imaginaire, une époque et une manière d’oser.

Un poster, un symbole : celui d’une complicité artistique née bien avant que leurs destins ne prennent des chemins différents. © D.R.

 

Une page de la musique gabonaise vient de se refermer. Jimmy Hubert Ondo est décédé ce lundi 3 août au Centre hospitalier régional d’Oyem, dit l’hôpital canadien, où il était hospitalisé. Selon des sources familiales, l’artiste, né en 1951 à Libreville, souffrait de diabète et de complications cardiaques. Son état de santé s’était fortement dégradé à la suite d’un accident vasculaire cérébral survenu il y a cinq mois environ.

Avec lui disparaît l’un des visages les plus singuliers de la culture gabonaise. Pour toute une génération, Jimmy Ondo n’était pas simplement un chanteur. Il était une attitude. Une silhouette. Une voix. Une façon de faire entrer le Rock, la Pop, la Soul et le Disco dans un paysage musical encore largement dominé par d’autres influences. Bien avant que la mondialisation culturelle ne devienne une évidence, il en incarnait déjà l’une des expressions les plus visibles.

L’enfant du monde

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Neveu d’un diplomate, Jimmy Ondo grandit entre plusieurs pays, au rythme des affectations de son oncle. Plusieurs témoignages consacrés à son parcours évoquent des séjours en Allemagne, en Israël, au Danemark ainsi qu’une formation à l’École internationale de New York. Cette ouverture internationale forge durablement son identité artistique.

À une époque où voyager relevait encore de l’exception pour la plupart des jeunes Gabonais, lui découvre d’autres scènes, d’autres publics et d’autres musiques. Il s’imprègne des grands courants qui bouleversent alors la jeunesse occidentale et revient au Gabon avec une ambition peu commune : faire une musique moderne sans renier ses racines. Cette modernité ne s’exprime pas seulement dans ses chansons. Elle transparaît dans son look, sa manière d’occuper la scène, son rapport au public et son refus des conventions. Beaucoup le surnommeront tout simplement la Rock Star gabonaise.

Son parcours déborde d’ailleurs largement le cadre de la musique. En 1974, il apparaît comme acteur dans Awuku, un épisode de la série télévisée allemande Hamburg Transit, réalisé par Hermann Leitner. Auteur-compositeur, il signe également «Faisons l’amour», interprétée en 1977 par Vivian Arden, preuve d’un talent qui s’exprimait aussi dans l’écriture.

L’ouverture internationale de Jimmy Ondo se traduit également par plusieurs collaborations marquantes. En 1977, il enregistre en Allemagne, avec les Gibson Brothers, le maxi 45-tours Hey Joe / La Nuit, dont il assure le chant principal. Il partage également la scène à Libreville avec le groupe allemand de jazz-rock et de funk Randy Pie, confirmant son ancrage dans les grands courants musicaux internationaux de son époque.

Une aventure musicale avec le futur président

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L’histoire retiendra aussi son amitié de jeunesse avec Alain Bongo, devenu plus tard Ali Bongo Ondimba. Avant les responsabilités politiques, les deux hommes partagent une passion commune pour la musique. Ils chantent ensemble, donnent quelques concerts à Libreville, à une époque où les orchestres animaient les nuits gabonaises.

En 1976, à Hambourg, ils enregistrent deux chansons, «Restons Gabonais» et «Si dans la vie». Ces titres demeurent les témoins d’une aventure artistique peu commune et d’une génération qui rêvait déjà d’inscrire la musique gabonaise dans une dimension internationale.

Au fil de sa carrière, Jimmy Ondo signe également plusieurs titres restés dans la mémoire collective, parmi lesquels «Faisons l’amour», «Quand tu ris», «L’Amour», «Hey Joe», «La Nuit» et «In My World». Autant de chansons qui ont contribué à asseoir la réputation de celui que beaucoup considèrent encore comme la première véritable rock star du Gabon.

Les années d’ombre

La vie de Jimmy Ondo ne fut cependant pas un long succès. Son nom restera durablement associé à l’affaire Karen Phillips, cette volontaire américaine du Peace Corps assassinée à Oyem en décembre 1998. Mis en cause au cours de l’instruction, il a toujours rejeté les accusations portées contre lui. Après plusieurs rebondissements judiciaires, il ne sera finalement pas condamné. En 2013, Thierry Ntoutoume Nzué, surnommé «Rambo», est reconnu coupable du meurtre et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Cette longue séquence judiciaire aura profondément marqué son existence et contribué à éclipser, dans l’opinion, une partie de son parcours artistique. Pourtant, réduire Jimmy Ondo à cette affaire serait oublier ce qu’il a représenté pour la musique gabonaise.

Le premier à avoir osé

Il appartient à cette génération d’artistes qui ont ouvert des portes sans toujours en mesurer la portée. À une époque où le pays cherchait encore ses repères culturels contemporains, Jimmy Ondo démontrait qu’un musicien gabonais pouvait regarder vers Londres, Hambourg ou New York tout en restant profondément attaché à son pays. Il n’était pas seulement en avance sur son temps. Il annonçait un temps nouveau.

Sa disparition emporte avec elle une part de cette histoire où la musique gabonaise osait expérimenter, voyager et dialoguer avec le monde. Les artistes disparaissent. Les pionniers, eux, demeurent. Jimmy Hubert Ondo était de ceux-là.

 
GR
 

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