La famille de Bilie-By-Nze brise le silence et interpelle la République
Par respect pour la justice, ils se sont tus trente-neuf jours. Trente-neuf jours de sidération, de prières et de colère rentrée. Puis la famille et proches d’Alain-Claude Bilie-By-Nze a décidé de parler publiquement, le vendredi 23 mai à Akanda, avec des mots qui ne laissent aucune place au doute et des faits qui méritent que chaque Gabonais se forge une opinion.

La famille d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, réunie à Akanda le 23 mai 2026 pour briser trente-neuf jours de silence. © D.R.
«Beaucoup ont cru que plus jamais un citoyen ne devrait vivre la peur, les humiliations, les arrestations arbitraires. Cet espoir appartient au peuple gabonais. Il ne doit pas mourir», ont lancé ceux qui appellent Bile-By-Nze «notre fils, frère, époux et père».
Pendant trente-neuf jours, la famille de l’opposant et leader d’Ensemble pour le Gabon (EPG) s’est tue, par respect pour la justice, assure-t-elle. Ce respect-là vient de prendre fin le vendredi 23 mai à Akanda, à travers une déclaration publique. «Ce n’est ni par calcul ni par posture», a tenu à préciser d’emblée Simon Nkala, frère aîné de Bilie-By-Nze et porte-parole ayant lu la déclaration. Mais «à un moment de l’histoire d’une Nation, le silence cesse d’être une vertu et devient une faute». Continuer à se taire, ajoute-t-il, «pourrait devenir une forme de complicité face à ce qui apparaît, à bien des égards, comme une dérive préoccupante de notre système politique et judiciaire».
Les faits reprochés à l’ancien Premier ministre remonteraient à 2008, dix-huit ans, et concerneraient une contribution personnelle de trois millions de francs CFA à l’organisation de la Fête des Cultures, dûment enregistrée par accusé de réception. La famille pose alors la question que tout le pays retient : «Pourquoi maintenant ? Pourquoi dans ce contexte particulier, marqué par une parole critique assumée de l’intéressé sur la conduite des affaires publiques ?»
Une arrestation qui interroge, un isolement qui scandalise
Rappelant que ses avocats qualifient le placement à l’isolement d’«imagination juridique», la famille, elle, décrit une interpellation incompatible avec un État de droit : «des individus encagoulés, un véhicule bloquant la route, la saisie d’effets personnels, et une identification policière intervenue a posteriori». Pour rappeler que la consternation déborde jusqu’au sein du corps judiciaire lui-même, la famille cite le président du Syndicat national des magistrats du Gabon ayant dit : «Je ne sais s’il était nécessaire d’en arriver là. Mais l’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze ne sert ni notre démocratie, ni la crédibilité et l’indépendance de notre justice. On finit toujours par payer le prix de ses décisions.» Les parents de Bilie-By-Nze en tirent une conclusion glaçante : «Si même la parole de ceux qui défendent le droit devient source d’inquiétude, alors c’est tout notre édifice judiciaire qui vacille.»
«Plus jamais la peur, les humiliations, les arrestations arbitraires»
«Nous venons vous parler non pas en militants, ni en cadres d’un parti, mais en père, mère, frères, sœurs et proches.» Ce repositionnement humain, délibérément choisi, donne à la déclaration une portée qui dépasse la seule cause familiale. Car ce qui se joue ici, affirment-ils, c’est «un précédent : celui d’une justice qui pourrait être mobilisée de manière opportuniste, au gré des circonstances politiques». C’est en convoquant la mémoire collective du 30 août 2023 que la famille atteint les sommets de l’émotion : «Beaucoup ont cru que plus jamais un citoyen ne devrait vivre la peur, les humiliations, les arrestations arbitraires, les injustices ou les abus que le peuple a trop longtemps connus. Une République plus juste. Plus humaine. Plus respectueuse des libertés et de la dignité des citoyens.»
Avec «dignité mais fermeté», ils réclament la libération provisoire de leur parent, et préviennent : «Une injustice tolérée aujourd’hui peut devenir la norme de demain. Nul n’est à l’abri d’un système qui, une fois dévoyé, finit toujours par atteindre chacun.»













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