Libreville : le 5ᵉ congrès de la SGO met la chirurgie oculaire face à ses défis structurels
Lors du 5ᵉ congrès de la Société gabonaise d’ophtalmologie (SGO), tenu le samedi 23 mai 2026 au Centre hospitalier universitaire Mère-Enfant Jeanne Ebori de Libreville, les acteurs de la santé visuelle se sont réunis autour d’un objectif clair : renforcer la prise en charge des pathologies oculaires et améliorer l’accès aux soins spécialisés afin de lutter efficacement contre la cécité évitable au Gabon.

Photo de famille à l’issue de la cérémonie officielle du 5e congrès de la SGO, le 23 mai 2026, à Libreville. © GabonReview
Placée sous le thème : «Chirurgie oculaire au Gabon : défis et perspectives», le 5ᵉ congrès de la Société gabonaise d’ophtalmologie (SGO), tenu du 22 au 23 mai 2026 à Libreville, a placé au cœur des échanges une réflexion sur la perception encore réductrice de l’ophtalmologie, souvent limitée à la simple prescription de collyres et de lunettes. Une vision que plusieurs praticiens ont tenu à nuancer, en rappelant la complexité et la technicité de cette spécialité médicale. «Peut-être avaient-ils raison de le penser, car, comme le dit un vieil adage, aussi élevé que puisse être votre niveau de sagesse et d’intelligence, vous ne parviendrez jamais à raccommoder un œil déchiré», a souligné un intervenant, avant d’interroger plus largement la place et le rôle réel des ophtalmologistes au sein du système de santé.
Selon la présidente de la SGO, Shivot Michelle épouse Ogowé, ce congrès traduit une volonté commune de faire progresser l’ophtalmologie au Gabon, au service de la santé visuelle des populations. Elle a rappelé que la chirurgie oculaire constitue un pilier central dans la lutte contre la cécité évitable, notamment à travers la prise en charge de la cataracte, du glaucome et d’autres pathologies oculaires.
Cependant, cette discipline reste confrontée à plusieurs défis, notamment le renforcement des plateaux techniques, le coût élevé des interventions, l’accès limité aux soins spécialisés dans certaines régions, ainsi que la nécessité d’étendre l’offre de soins sur l’ensemble du territoire.
Prenant la parole, la secrétaire générale du ministère de la Santé, Dr Élise Eyang Obame, a souligné que la santé visuelle constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, mais aussi de développement humain et de justice sociale. «Voir, c’est apprendre, travailler, se déplacer, vivre pleinement et dignement», a-t-elle rappelé. Tout en indiquant que la cataracte demeure la principale cause de cécité évitable au Gabon, touchant encore plusieurs milliers de personnes selon les estimations issues des structures sanitaires et de l’OMS.
Des défis et contraintes qui limitent les avancées de la chirurgie oculaire

Quelques moments du congrès. GabonReview
Parmi les défis identifiés figurent l’insuffisance de personnel spécialisé, les inégalités d’accès entre zones urbaines et rurales, le coût élevé des équipements et des interventions, les retards de dépistage et de prise en charge, ainsi que la progression des maladies chroniques, telles que le diabète et l’hypertension. Elle a par ailleurs rappelé que l’offre chirurgicale spécialisée était longtemps concentrée dans quelques structures hospitalières de Libreville et de l’Ogooué-Ivindo.
Malgré ces contraintes, des avancées notables ont été enregistrées. Les campagnes nationales de chirurgie de la cataracte ont permis à de nombreux patients de retrouver la vue et leur autonomie. Les études menées dans plusieurs formations sanitaires montrent qu’une majorité de patients opérés, initialement en situation de cécité, ont retrouvé une acuité visuelle satisfaisante après intervention.
Ces résultats confirment, selon elle, que la chirurgie oculaire dépasse le cadre strictement médical pour s’imposer comme un véritable levier de transformation sociale et humaine.
Par ailleurs, ce congrès se veut un espace d’échanges scientifiques et de propositions concrètes visant à renforcer la formation des spécialistes, moderniser les plateaux techniques, promouvoir la chirurgie de proximité, développer des partenariats internationaux et encourager la recherche et l’innovation.
Les perspectives apparaissent prometteuses avec l’évolution des techniques chirurgicales, notamment la phacoémulsification, ainsi que l’intégration progressive des nouvelles technologies de diagnostic et de traitement, dont l’intelligence artificielle, ouvrant la voie à une prise en charge plus rapide, plus efficace et plus sécurisée des patients.
Afin de renforcer durablement la lutte contre la cécité évitable au Gabon, les acteurs de la santé visuelle appellent à un investissement accru dans les équipements, la formation spécialisée et la démocratisation de l’accès aux soins ophtalmologiques sur l’ensemble du territoire.
Thécia Nyomba













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