Médias au Gabon : Boursier Tchibinda dissèque la machine communicationnelle du pouvoir
«L’information arrive de plus en plus souvent après la communication.» Le constat, cinglant, est signé Boursier Tchibinda. Dans une note d’analyse publiée le 17 juillet sur sa page Facebook, «Le défi d’informer dans un espace médiatique sous restriction», le journaliste et communicant dissèque les mutations du paysage médiatique gabonais : la communication institutionnelle prime désormais sur le travail des rédactions, reléguées au rôle de simples relais d’un récit déjà construit, au détriment de la vérification et de l’enquête.

Capture d’écran de la note d’analyse et l’auteur Boursier Tchibinda. © montage GabonReview
Vice-président de l’Association des professionnels de l’information et de la communication du Gabon (Apic Gabon), Boursier Tchibinda parle en connaisseur des deux mondes qu’il analyse, celui des rédactions et celui de la communication. Sa note s’attache à décrire un basculement qui, selon lui, prive les journalistes de leur fonction première : vérifier, enquêter, contextualiser.
Pour l’auteur, le point de bascule remonte à la suspension des réseaux sociaux, le 17 février 2026, qui a profondément changé le mode de diffusion des messages officiels. «Cette suspension a, en substance, permis de fabriquer d’autres dispositifs de communication parallèles qui relaient désormais l’agenda du chef de l’État à la place de la communication officielle de la Présidence», peut-on lire dans le document.
Des rédactions en mode « reproduction »
Dans cette nouvelle configuration, la vitesse joue contre les médias. «Les images circulent avant même qu’un média, ou plus spécifiquement une rédaction, ait pu vérifier, recouper ou contextualiser ces images», souligne l’auteur.
Dans le premier volet de sa note, intitulé «Des journalistes court-circuités, des rédactions en mode reproduction», le journaliste analyse la nouvelle stratégie de communication présidentielle. Revenant sur l’évolution du style présidentiel depuis 2023, il observe que Brice Clotaire Oligui Nguema a rompu avec les codes traditionnels de la communication institutionnelle. «C’est un président qui communique lui-même, en direct et très souvent sans note. On le voit sur les chantiers, dans les marchés, au contact des populations, où chaque geste, chaque mot est capté avec attention», écrit-il.
Selon lui, cette méthode contourne les circuits classiques de diffusion de l’information. Elle s’est notamment illustrée avec les entretiens diffusés sous la bannière «Sans langue de bois Cash», réalisés à Mayumba puis à Libreville. «Cette approche communicationnelle sans filtre répondrait frontalement à un murmure porté par les médias nationaux, qui estiment avoir un accès limité à la parole présidentielle», analyse-t-il.
Au-delà de cette proximité affichée avec le public, l’auteur estime que ce mode de communication déplace le centre de gravité de l’actualité présidentielle : les relais numériques proches du pouvoir en deviennent le premier théâtre, la presse n’intervenant qu’après coup. «Ce que cet épisode révèle a surtout pour effet mécanique de faire des caisses de résonance numériques, proches de la présidence, le premier lieu où l’actualité présidentielle se joue, se décrypte, la presse n’intervenant finalement qu’en second temps, pour commenter un contenu déjà diffusé et consommé par le public», relève-t-il.
Courir après un récit uniformisé
Pour l’auteur, cette évolution dépasse la simple concurrence entre communication institutionnelle et presse. «Le défi n’est plus seulement celui de la concurrence entre la presse, la communication institutionnelle et les propagandistes, c’est celui d’un métier : le journalisme. Désormais sommé de courir, dans toute cette agitation, après un récit uniformisé. Et pour une majorité des médias, plutôt que de l’interroger, ils le reproduisent tel quel», conclut-il.
En filigrane de cette analyse, Boursier Tchibinda lance un appel à une prise de conscience des professionnels des médias. Pour lui, le journalisme ne peut se contenter de relayer une communication déjà formatée : il doit retrouver sa mission première, celle de vérifier, contextualiser et hiérarchiser l’information avant de la porter au public.
Thécia Nyomba















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