À l’extrême nord du Gabon, là où la piste de latérite rouge file vers la frontière camerounaise, une constellation de pavillons aux toits verts a surgi face à la grande forêt équatoriale. Né d’une promesse faite à une mère, Minvoul Lodge est devenu, le temps d’une nuit présidentielle, le symbole d’un autre développement possible : celui qui fait revivre l’arrière-pays au lieu de le vider.

Vue aérienne de Minvoul Lodge, l’établissement de Nkok Akom où le président Oligui Nguema a passé la nuit lors de son passage dans le Woleu-Ntem. © D.R

 

Vu du ciel, on dirait un village fang réinventé. Une dizaine de pavillons aux toits vert bouteille, disposés en cercle autour d’une esplanade blanche, elle-même ordonnée autour d’une paillote centrale, comme jadis les cases autour du corps de garde. D’un côté, la piste de latérite rouge qui traverse Nkok Akom, ses maisons de tôle et ses manguiers. De l’autre, à perte de vue, la canopée du Woleu-Ntem, houle verte et compacte qui roule jusqu’à l’horizon camerounais. C’est dans ce face-à-face entre le village et la forêt que Minvoul Lodge a pris racine.

Il faut le vouloir, pour venir jusqu’ici. Depuis Libreville, on remonte le pays presque tout entier, on traverse Oyem, puis on continue encore, vers ce bout de province où la route s’achève. Tout a commencé non pas dans un bureau d’études, mais dans une cuisine de village, autour d’une conversation comme il s’en tient depuis toujours en pays fang. Ce jour-là, la mère de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi pose la question qui va tout déclencher. «Elle me dit l’âme en peine : ‘’Ntoutoume, donc lorsque je serai partie ce village va s’éteindre ?!’’», se souvient-il. «Ce propos, qui était bien plus qu’une simple question, est ce qui justifie par-dessus tout Minvoul Lodge ; une promesse à Maman : le village ne va pas s’éteindre.» Pas d’étude de marché, pas de calcul de rentabilité. «Il ne s’agit pas d’un projet commercial», assume le promoteur, qui se refuse même à chiffrer l’investissement global, dont l’évaluation ne sera faite qu’a posteriori, «pour les besoins des assurances et de l’administration».

Une clairière de deux hectares entre paillote et vergers

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Au centre du domaine, la grande paillote donne le ton. Sous sa charpente de bois rouge en étoile, coiffée de palmes tressées, des salons de rotin aux coussins écrus invitent à la conversation, face aux pavillons d’hébergement qui ferment le cercle. Plus loin, le bar hall surprend : damier noir et blanc au sol, fauteuils club verts, rouges et cognac, suspensions en vannerie qui descendent du plafond comme des nasses de pêche inversées. Un chic tropical assumé, à mille lieues de ce qu’on imagine trouver dans une localité de l’extrême nord du pays.

Six suites, douze chambres de standing, un bar-restaurant de 200 couverts en salle et en terrasse : les visiteurs qui connaissent l’hôtellerie nationale le disent aux propriétaires, ce niveau de prestation se rencontre rarement au Gabon. Et pourtant, la nuit s’y négocie à 25 000 FCFA en chambre, 50 000 FCFA en suite. «C’est un choix que nous assumons aisément pour un projet qui a un objectif de développement économique et non de rentabilité commerciale», explique Jean Gaspard Ntoutoume Ayi.

Car le lodge n’est que la moitié visible du projet. Derrière les pavillons, c’est une ferme qui pousse. Sous les bananiers, des pastèques mûrissent à même la terre brune, au milieu d’un enchevêtrement de lianes potagères ; des tuyaux d’irrigation serpentent entre les planches maraîchères. Des étangs où grossissent tilapias et silures alimentent directement les cuisines. Un verger de plus de 15 000 arbres fruitiers, agrumes, atangas, corossols, avocats, a été planté comme autant de paris sur l’avenir, et un troupeau de moutons venus du nord du Cameroun complète le tableau. À terme, la famille rêve d’une «dimension industrielle à travers la transformation». Le tourisme nourrit l’agriculture, l’agriculture nourrit le tourisme.

Le soir où la République a dormi à Minvoul

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Et puis il y a eu cette nuit-là. «Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un président de la République a séjourné, donc passé une nuit à Minvoul. Et c’est notre établissement qu’il a choisi», raconte le promoteur, encore marqué par l’événement. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema y a dormi, dîné, et convié quelque cent cinquante personnes à sa table, au restaurant du lodge, pour un échange avec les représentants des populations locales. À son départ, il a félicité la famille pour «la réalisation de ce projet qui a valeur d’exemple», dans la droite ligne de son appel, lancé depuis la première caravane touristique de 2024, à investir dans l’arrière-pays.

L’exemple, il est d’abord humain. Trois années de chantier ont employé en permanence une trentaine de personnes, recrutées à 90 % sur place. Aujourd’hui, dix-sept salariés en CDI, tous déclarés à la CNSS et à la CNAMGS, font tourner l’hôtel-restaurant et la ferme. Onze sont des enfants du coin ; les six autres sont venus de Libreville et d’Oyem, et certains «vont scolariser leurs enfants à Minvoul dès la rentrée prochaine. Ils apportent la vie, donc le développement», sourit Ntoutoume Ayi. Demain, la famille veut aller plus loin encore : un festival annuel des cultures des populations autochtones du Gabon, pour «mieux faire connaître ce peuple autochtone aux autres Gabonais qui le connaissent peu». À Nkok Akom, hameau de moins de 300 habitants, la promesse tient. Entre la piste rouge et la forêt, le village ne s’éteindra pas.

Pour en savoir plus : https://www.minvoulodge.com/

 
GR
 

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